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Les Autochtones et les timbres

Bonjour à toi ô jeune ami philatéliste!

Dans le cadre de mon travail quotidien, je suis appelé à travailler avec plusieurs Premières Nations ainsi qu’avec la Nation métisse de l’Alberta dans des projets de création d’emploi. Ceci a largement engendré chez moi un grand intérêt pour tout ce qui est autochtone.

La Journée nationale des peuples autochtones a lieu lors du solstice d'été, le 21 juin. C'est une occasion spéciale qui permet d'en apprendre davantage sur la richesse et la diversité des cultures, des voix, des expériences et de l'histoire des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Cette journée a été célébrée pour la première fois en 1996, après avoir été proclamée cette année-là par le gouverneur général du Canada de l'époque, Roméo LeBlanc. Depuis, cette journée est célébrée comme un jour férié territorial dans les Territoires du Nord-Ouest depuis 2001 et au Yukon depuis 2017.

Dans notre contexte canadien, lorsque nous parlons de peuples autochtones, nous parlons évidemment des Premières Nations, des Inuits et, depuis 1982, de la Nation métisse. 

Selon Amnistie internationale, 370 millions d'autochtones dans le monde, représentant environ 5 % de la population mondiale, vivent dans plus de 90 pays et parlent plus de 4 000 langues¹.  Où qu'ils vivent, ils sont souvent confrontés à la discrimination, à l'oppression, à l'exploitation, à l'expulsion et à d'autres violations des droits de l'homme. La pandémie de COVID-19 les a particulièrement touchés en raison de la pauvreté, du manque d'eau potable et de l'absence d'accès aux services de santé.

Dans une grande partie du monde, les populations autochtones souffrent d'un taux de chômage élevé, d'un manque d'éducation et de violence familiale. Ils sont souvent la cible de mauvais traitements et d'abus et ont moins accès aux services de santé que les autres groupes. Ils sont généralement emprisonnés de manière disproportionnée et certains meurent en détention.

Les peuples autochtones se retrouvent partout sur la planète. Tu seras peut-être surpris d’apprendre que des pays tels que le Japon, la Chine, la France, la Norvège, l’Inde, l’Indonésie, et bien d’autres, ont aussi des populations autochtones. Les peuples autochtones sont un sujet qui me fascine et ce que je te présente aujourd’hui n’est qu’un soupçon de la réalité autochtone… Je ne fais qu’ouvrir la porte et, si tu es d’accord, c’est un sujet que j’approfondirai lors d’articles ultérieurs.

En Australie, les autochtones (appelés aborigènes) représentent environ 3 % de la population, mais ils constituent plus d'un quart de la population carcérale. Leurs enfants ont 17 fois plus de chances d'être incarcérés que les enfants non autochtones.²

L'émission de timbres de 1934 montre un aborigène armé de lances marchant vers une rivière qui le sépare de la ville, comme pour montrer le contraste entre les conditions d'avant et d'après l'invasion britannique. 

 

Australie 1934_2.jpg

Australie (1934)

Un de mes timbres australiens préférés, car j’en apprécie le détail… le portrait de Gwoya Jungarai (1895-1965, également orthographié Tjungurrayi ou Djungarai) du peuple Warlpiri, en Australie centrale, figure sur divers timbres australiens. C'était la première fois qu'un Australien vivant - colon ou autochtone - figurait sur un timbre.

Ce timbre est largement connu sous le nom de « One Pound Jimmy », car lorsqu'on lui demandait le prix de ses objets à vendre, Gwoya répondait toujours « One Pound ». Tjungurrayi était un éleveur, un homme de loi traditionnel et un survivant du massacre de Coniston en 1928. Son portrait a été gravé plus tard sur la pièce de deux dollars australiens.³

Australie (1952)

Dans les Amériques, les populations autochtones sont victimes de discrimination, de harcèlement et de violence, en particulier dans des pays comme l'Argentine, le Chili, le Paraguay et le Nicaragua, entre autres. Ils peuvent également faire l'objet d'accusations non fondées de sabotage, de terrorisme et de meurtre, et sont particulièrement vulnérables à la traite des êtres humains. En Argentine, les populations autochtones sont de plus en plus privées de leurs droits sur leurs terres ancestrales. Au Paraguay, ils continuent d'être expulsés et privés de leurs terres. Au Pérou, les assassins des populations autochtones ne sont souvent pas traduits en justice.

                                                                                                                                         

Paraguay (1939)

Pérou (1936)

Argentine (2000) - Artisanat autochtone

Pour une raison ou pour une autre, la France a toujours eu un esprit plus ouvert envers les populations autochtones de ses anciennes colonies et territoires outre-mer.

 

Un philatéliste de la Polynésie française a engagé deux artistes français pour peindre sa maison de ville de six étages à Papeete. Le propriétaire a dépensé plus de 300 000 euros pour ce projet artistique. Il s'agissait d'une tâche monumentale, mais le propriétaire, à la personnalité colorée, était déterminé à la mener à bien. Les deux artistes ont travaillé tous les jours. Leur peinture a reçu les éloges de nombreux clubs et organisations philatéliques. Une fois l'œuvre achevée, le philatéliste a décidé de ne pas mettre sa maison en vente afin que personne ne puisse toucher à l'extérieur. En 2016, l'Office polynésien des Postes a produit un timbre à l'effigie de son bâtiment. Ce timbre a principalement servi à promouvoir l'International Stamp Expo 2016 à New York (É.-U.).⁴

Les Hmongs sont un groupe ethnique d'Asie de l'Est et du Sud-Est et vivent principalement dans le sud de la Chine, au Viêt Nam et au Laos. Après le retrait des forces américaines en 1975 et le triomphe des forces communistes au Viêt Nam, les Hmongs ont été persécutés par les vainqueurs et contraints de fuir leur pays. Nombre d'entre eux ont passé du temps dans des camps de réfugiés en Thaïlande avant d'être réinstallés en Australie, en France, au Canada, en Allemagne et aux États-Unis. Un certain nombre ont accepté de se transplanter en Guyane française où le gouvernent français les a appuyé dans un projet leur permettant d’adapter leur culture à leur nouvelle réalité guyanaise.

De même, le Canada et les États-Unis ont discriminé, maltraité et manipulé leurs populations autochtones depuis belle lurette, il suffit de prendre le temps de s’informer sur les écoles résidentielles, par exemple, pour en réaliser l’ampleur.

 

Le chef Standing Bear, dont le procès de 1879 et le célèbre discours « I am a Man » (Je suis un homme) ont conduit à la reconnaissance des droits légaux des Amérindiens, a été honoré par un timbre éphémère à son effigie.

 

Le portrait illustré du chef Standing Bear sur le timbre a été réalisé à partir d'une photographie en noir et blanc prise en 1877. Il est représenté sur le timbre vêtu d'une chemise bleue et d'un médaillon doré sur fond de teintes orangées faiblement striées comme un coucher de soleil.

 

Chef de la petite tribu des Poncas, dans le nord-est du Nebraska, le chef Standing Bear s'est battu avec succès devant les tribunaux pour que les Amérindiens soient considérés comme des personnes aux États-Unis, avec les mêmes droits à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur que les autres Américains.

 

Au printemps 1877, alors que les guerres entre les États-Unis et plusieurs tribus des Plaines prenaient fin et que les Amérindiens étaient conduits dans des réserves, l'armée américaine a déplacé de force le chef Standing Bear et environ 700 membres de la tribu Ponca de la vallée de la rivière Niobrara, dans le nord-est du Nebraska.

 

Au cours du voyage d'environ 900 km vers ce qui est aujourd'hui l'Oklahoma, plus de 100 personnes sont mortes, la plupart de maladie et de faim, y compris le fils unique du chef Standing Bear.

 

Dévasté par la perte de son enfant, le chef Standing Bear chercha à l'enterrer sur sa terre natale. En 1879, lui et 29 autres membres des Poncas retournèrent au Nebraska, où ils furent arrêtés par l'armée et emprisonnés à fort Omaha.

 

Son emprisonnement a été l’effet catalyseur de son procès où il plaida pour sa liberté. Les alliés du chef Standing Bear avaient déposé une demande d'habeas corpus pour qu'il soit libéré, mais les procureurs du gouvernement ont fait valoir qu'en vertu de la loi fédérale, les Amérindiens n'étaient pas des « personnes » et n'avaient pas le droit de demander une demande d'habeas corpus.

 

Après deux jours de procès, le juge du tribunal de district du Nebraska a donné la parole au chef Standing Bear. Le chef s'est lentement levé, a tendu la main et a dit par l'intermédiaire d'un interprète : « Ma main n'est pas de la même couleur que la vôtre, mais si je la perce, je ressentirai de la douleur. Si vous percez votre main, vous aurez aussi mal. Le sang qui coulera de ma main sera de la même couleur que le vôtre ». Il conclut son discours par quatre mots frappants : « Je suis un homme ».

 

Le juge s'est rallié à cette déclaration et a rendu une décision historique : un Amérindien est une personne qui jouit de droits inhérents en vertu de la loi. Le discours du chef Standing Bear a été publié dans les journaux de tout le pays, apportant un soutien à l'idée que les Amérindiens méritaient les mêmes protections juridiques que les autres Américains.

 

Le chef Standing Bear a finalement pu enterrer son fils aux côtés de ses ancêtres, près de la rivière Niobrara.⁵

États-Unis (2023)

Le Canada a continué d'opprimer ses populations autochtones, de confisquer leurs terres et d'effacer leurs cultures. En juin 2021, plus de 600 tombes anonymes ont été découvertes au Canada dans une école catholique pour enfants autochtones ouverte de 1899 à 1997. Cette découverte fait suite à un rapport antérieur faisant état de 215 corps dans un autre pensionnat.

 

En juin 2022, Postes Canada a émis une série de timbres en hommage à la vie et à l'héritage de trois leaders autochtones. Harry Daniels, la chef Marie-Anne Day Walker-Pelletier et Jose Kusugak en reconnaissance de leur incroyable engagement et de leurs contributions au renforcement des communautés métisses, inuites et des Premières Nations.

 

Harry Daniels (1940-2004) était un homme politique, un militant et un écrivain qui a consacré sa vie aux droits et au bien-être des Métis et des Indiens non inscrits au Canada. L'une de ses contributions les plus importantes a été de garantir leurs droits inhérents en tant que peuples autochtones en faisant pression pour qu'ils soient inclus parmi les peuples autochtones reconnus dans la Loi constitutionnelle de 1982 et reconnus comme « Indiens » en vertu de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867. En mars 2004, il a été décoré de l'Ordre de la Nation métisse par le Ralliement national des Métis.⁶

 

Jose Kusugak (1950-2011) était un militant inuit et un communicateur qui a joué un rôle dans les discussions qui ont abouti à la création du Nunavut en 1999, faisant de lui un Père de la Confédération. Il a consacré sa vie à la sensibilisation à l'identité et aux questions inuites au Canada, ainsi qu'à la promotion et à la préservation de la langue et de la culture inuites.⁷

La chef Marie-Anne Day Walker-Pelletier (1954) a passé presque 40 ans à la tête de la Première nation Okanese, en Saskatchewan, ce qui représente le plus grand nombre de mandats consécutifs jamais accomplis par un chef élu d'une Première nation au Canada. Elle a mené des projets liés à l'éducation, au bien-être et à la réforme sociale, tout en s'efforçant de préserver la culture, la langue et les traditions de son peuple. En 2018, elle a été nommée membre de l'Ordre du Canada. Au printemps dernier, elle a fait partie de la délégation autochtone qui a rencontré le pape François au Vatican pour discuter du rôle de l'Église catholique dans le système des pensionnats, dont elle est une survivante.⁸

Canada (2022)

Dans cet article, j’ai essayé de te montrer que les peuples autochtones se retrouvent sur tous les continents et que, à quelques exceptions, ils ont tous beaucoup souffert. Il existe des milliers de timbres mettant en vedette les Autochtones du monde entier : les Premières Nations canadiennes, les Métis, les Inuits, mais aussi les Maoris, les Lapons, les Basques, les Pygmées, les Hottentots, et des centaines d’autres. Chaque timbre à l’effigie d’une personne autochtone est l’image d’une histoire qu’il est essentiel de raconter et de comprendre. À l’avenir, si tu es d’accord, j’aimerais encore prendre le temps de t’en parler…

 

Sur ce, cher ami(e), bonne continuation!

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Amelia Earhart – Pilote, pionnière de l’aviation et… philatéliste

Bonjour à toi ô jeune ami philatéliste!

Le sujet que je te présente aujourd’hui aurait été un sujet fantastique pour souligner la Journée internationale des femmes, le 8 mars…

Cette année marque les 86 ans de la disparition de la pionnière de l'aviation américaine Amelia Earhart. La première femme aviatrice à avoir traversé l'Atlantique en solitaire a disparu le 2 juillet 1937, alors qu'elle tentait de faire le tour du monde par la voie des airs. Amelia Earhart (1897-1937) est peut-être la femme pilote la plus célèbre de l'histoire. Parmi ses nombreuses premières, ses vols en solitaire à travers l'Atlantique et l'Amérique du Nord ont fait d'elle une vedette.

Amelia Earhart est née le 24 juillet 1897 à Atchison, au Kansas. Elle passe une grande partie de son enfance dans le foyer de la classe moyenne supérieure de ses grands-parents maternels. La mère d'Amelia, Amelia « Amy » Otis, a épousé un homme très prometteur, mais l'alcool est devenu roi. Edwin Earhart est constamment à la recherche de stabilité, mais ne parvient pas à trouver un équilibre financier. Lorsque la situation devient intolérable, Amelia et sa sœur Muriel se réfugient chez leurs grands-parents. Elles vivent de nombreuses aventures : elles explorent le quartier, grimpent aux arbres, chassent les rats et font des promenades à couper le souffle sur le traîneau d'Amelia. Après un voyage passionnant à St. Louis, Amelia a été tellement enthousiasmée par les montagnes russes qu'elle a dit à tout le monde qu'elle avait volé. À la maison, elle a construit ses propres montagnes russes, avec des rails en bois fixés au toit d'un hangar.¹

Un peu de lien avec le Canada – Amelia a rendu visite à sa sœur à Toronto, au Canada, où elle s'est portée volontaire en tant qu'aide-soignante de la Croix-Rouge. Elle y rencontre des soldats blessés revenant de la Première Guerre mondiale et admire particulièrement les aviateurs. Elle devient accro à l'entraînement du Royal Flying Corps sur le terrain d'aviation voisin. En 1919, Earhart s'inscrit en médecine à l'Université de Columbia, mais abandonne ses études pour retrouver ses parents en Californie.²

Lors d'un spectacle aérien à Long Beach en 1920, Amelia Earhart a fait un vol qui a transformé sa vie. Le vol n'a duré que 10 minutes, mais lorsqu'elle a atterri, elle a su qu'elle devait apprendre à voler. Après avoir exercé divers emplois, de photographe à chauffeur de camion, elle a gagné suffisamment d'argent pour prendre des leçons de pilotage auprès de la pionnière de l'aviation Anita « Neta » Snook. Earhart se plonge dans l'apprentissage du pilotage. Elle lit tout ce qu'elle peut trouver sur le vol et passe une grande partie de son temps à l'aérodrome. Elle se coupe les cheveux courts à la manière des autres aviatrices. Inquiète de ce que les autres pilotes plus expérimentés pourraient penser d'elle, elle a même dormi dans sa nouvelle veste en cuir pendant trois nuits pour lui donner un aspect plus « usé ».³

Elle a épousé le 7 février 1931 l'éditeur George Palmer Putnam Sʳ qui avait deux fils d'un précédent mariage. Lors de la cérémonie, elle refuse de prononcer la traditionnelle promesse d'obéissance. Elle poursuit son extraordinaire carrière de pilote.⁴

Amelia Earhart était une écrivaine à succès qui a bénéficié d'une forte promotion. Elle a été rédactrice en chef de l'aviation pour le magazine Cosmopolitan de 1928 à 1930. Elle a écrit des articles de magazines, des chroniques de journaux, des essais et a publié deux livres basés sur ses expériences en tant qu'aviatrice au cours de sa vie.

Le Congrès américain lui a décerné la Distinguished Flying Cross pour son vol transatlantique. Outre sa prolifique carrière de pilote, Amelia Earhart a été infirmière pendant la Première Guerre mondiale et conseillère en carrières féminines à l'Université Purdue d'Indiana. Véritable féministe, elle croyait en l'égalité des chances pour les femmes grâce à ses nombreuses réalisations; elle est devenue une source d'inspiration pour les jeunes filles du monde entier.⁵

L'une de ses nombreuses passions était la philatélie et son utilisation créative de la poste aérienne a permis d'alimenter et de financer ses aventures.

Les 20 et 21 mai 1932, Amelia Earhart est devenue la première femme à traverser l'océan Atlantique en solitaire, entre Terre-Neuve et l'Irlande. Cet exploit lui assure non seulement une renommée mondiale, mais aussi une place dans les annales de l'histoire de l'aviation. Lors de ce vol, Amelia a emporté cinquante courriers non officiels, le cachet de la poste faisant foi avant son départ. Ce courrier n'était pas officiel, car l'US Post Office ne soutenait pas son vol. Lorsqu'elle a atterri, chaque enveloppe a été cachetée et personnellement dédicacée pour documenter l'événement historique. La vente des souvenirs philatéliques de son vol a permis de compenser les dépenses liées à ses aventures aéronautiques et d'assurer son héritage dans le domaine de l'aérophilie. Inutile de te dire que ces enveloppes sont assez chères…⁶

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Serbie - 2012

Elle a franchi un nombre étonnant d'étapes au cours de sa brève carrière. Elle a commencé à battre des records de vol en 1922, l'année suivant l'achat de son premier avion, en volant à 14 000 pieds et en pulvérisant ainsi le record d'altitude chez les femmes. En 1928, elle devient la première femme à traverser l'Atlantique en direction de l'est, mais en tant que passagère et non en tant que pilote. Elle et ses copilotes sont connus sous le nom de « Friendship Fiers » (aviateurs de l’amitié).⁷

Amelia voulait être la première personne, homme ou femme, à faire le tour du monde à l'équateur, un voyage d'environ 29 000 miles (47 000 km). Elle et son navigateur hautement qualifié, Fred Noonan, ont disparu lors de la dernière étape de leur difficile voyage, le 2 juillet 1937. Ce qui leur est réellement arrivé et les raisons de cette disparition restent aujourd'hui un grand mystère controversé. Il existe de nombreuses théories sur ce qui est arrivé à « Lady Lindy », l'héroïne et l'amoureuse de l'Amérique. Lorsqu'Amelia a mystérieusement disparu au cours de sa tentative de vol autour du monde, les nations du monde entier ont pleuré sa perte.

Le 24 juillet 1963, les États-Unis ont émis un timbre de 8 ¢ à l’effigie d’Amelia Earhart pour l'aéropostale. Il s'agit toujours d'un timbre courant, évalué à la fois à l'état neuf sans charnière et à l'état usagé au minimum de 25 ¢ dans le catalogue spécialisé Scott 2017 des timbres et des couvertures des États-Unis.⁸

États-Unis 1963

Le Mexique a honoré Amelia Earhart en surimprimant l'un de ses timbres de poste aérienne avec l’inscription « Amelia Earhart Vuelo de Buena Voluntad Mexico 1935 » (Vol de bonne volonté d'Amelia Earhart au Mexique 1935) pour commémorer sa visite à Mexico en 1935. Ce timbre reste un objet rare, aussi bien inutilisé qu'usagé.⁹

Mexique 1935

En 1987, les îles Marshall ont émis une série de timbres commémoratifs pour souligner le 50e anniversaire de la visite d’Amélia Earhart.  On y voit entre autres des indigènes assistant à l'atterrissage de l'Electra et un officier japonais faisant un geste en direction d'Earhart et de Noonan, blessé, alors que leur avion est hissé à bord du navire japonais Koshu. De très beaux timbres… toutefois, le mystère perdure… L’île de Mili, une des îles Marshall, n’est qu’une hypothèse parmi tant d’autres concernant l’écrasement de l’avion d’Amelia Earhart.

Îles Marshall 1987

Lors de son voyage autour de la Terre, Amelia Earhart a aussi traversé l’Afrique. Afin de commémorer sa courte visite à Gao, qui est maintenant une ville du Mali, le pays a émis un timbre aérien en 1967.¹⁰

Mali 1967  

En 2017, pour souligner le 80e anniversaire du décès d’Amelia Earhart, la République des Maldives, archipel situé au sud-ouest de l’Inde, a émis une série de timbres commémorant son périple de 1937.

République des Maldives - 2017 

En 1967, le Surinam a émis deux très beaux timbres pour célébrer la visite d’Amelia Earhart.

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Surinam 1967

J’espère t’avoir permis de découvrir une femme fascinante qui a grandement marqué l’histoire de l’aviation. On se retrouve le mois prochain! Bonne continuation!

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Des timbres sur le changement climatique

Bonjour à toi ô jeune ami·e philatéliste!

Ce mois-ci, vu l’étrangeté de notre climat estival (sécheresses, pluies abondantes, incendies de forêt, etc.), le thème que j’ai sélectionné est les changements climatiques et la philatélie… Qu’en penses-tu?

Bien que certains expriment encore leur scepticisme quant à la légitimité du changement climatique, il est possible de suivre l'évolution de l'inquiétude croissante suscitée par cette question dans des endroits assez inhabituels. Les timbres en sont un exemple. Au cours des dernières décennies, des timbres représentant diverses images et provenant de différents endroits ont raconté, à leur manière, une histoire sur le changement climatique. Le changement climatique fait référence aux variations à long terme des températures et des conditions météorologiques, principalement causées par les activités humaines, en particulier la combustion de combustibles fossiles. Les conséquences du changement climatique sont considérables : conditions météorologiques extrêmes, sécheresses intenses, pénurie d'eau, incendies graves, élévation du niveau de la mer, inondations, fonte des glaces polaires, tempêtes catastrophiques et déclin de la biodiversité.

En 2020, la Finlande a émis une série de timbres qui représentent des oiseaux et des nuages qui se transforment en squelettes et en orages lorsqu’ils sont activés par la chaleur des doigts, afin d’envoyer un message sur les conséquences du changement climatique. 

Le nuage se transforme en orage pour représenter la perte des chutes de neige hivernales, tandis que la représentation de l’immigration se transforme en migration de masse, les réfugiés climatiques étant contraints de quitter leur pays. L’oiseau, lui, se transforme en squelette pour représenter l’extinction de nombreuses espèces en Finlande.

Ces timbres révèlent ce que nous réserve l’avenir si nous n’agissons pas rapidement pour lutter contre les changements climatiques.¹

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Finlande (2020) – Changements climatiques

Le 20 juin 2023, l’Administration postale des Nations Unies a émis trois nouveaux timbres en soutien à la campagne « Ne choisissez pas l'extinction ». Cette campagne promeut la fin de l’utilisation des combustibles fossiles et une transition mondiale vers des économies durables et vertes.

Au cœur de la campagne, un court-métrage a été enregistré qui met en scène un dinosaure animé nommé Frankie qui monte sur le podium de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York, choquant les diplomates et exhortant les dirigeants mondiaux à prendre des mesures avant qu'il ne soit trop tard. Frankie le Dino interpelle les gouvernements qui dépensent des milliards pour subventionner les combustibles fossiles.

Les trois feuilles de timbres représentent Frankie dans la salle de l'Assemblée générale. Chaque feuille comporte un code QR qui, lorsqu'il est scanné, permet de lancer la vidéo complète dans laquelle Frankie s'adresse aux dirigeants mondiaux pour les inciter à prendre des mesures contre le changement climatique.

Une étude des Nations Unies montre que le monde dépense 423 milliards de dollars par an uniquement pour subventionner les combustibles fossiles, soit près de trois fois le montant annuel nécessaire pour éradiquer l'extrême pauvreté dans le monde.

Dans le court-métrage, Frankie termine son discours en déclarant : « Il est temps pour vous, les humains, d'arrêter de trouver des excuses et de commencer à changer. Ne choisissez pas l'extinction! »²

Nations Unies (2023) – « Ne choisissez pas l’extinction »

En décembre 2021, l’Autriche a émis deux timbres visant une sensibilisation aux espèces en voie de disparition. La mention « Arrêtez le changement climatique » est inscrite sur le bloc-timbre, qui se compose de deux motifs distincts : l'un représente un ours polaire stylisé, l'autre un bouquetin endémique à l’Autriche — ces deux espèces étant menacées par le réchauffement climatique.

Les conséquences du réchauffement climatique se font sentir partout : les glaciers et les calottes polaires fondent, l'élévation du niveau de la mer provoque des inondations dans les zones côtières et peut même entraîner la disparition de petites îles. Les phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les sécheresses et les inondations, deviennent également plus fréquents.

De nombreuses espèces animales et végétales sont en grand danger d'extinction en raison du réchauffement climatique. Cela est particulièrement évident pour l'ours polaire, dont l'habitat fond littéralement sous ses pattes faisant du plus grand carnivore terrestre un triste symbole de la catastrophe climatique. Mais avec la fonte des glaciers et l'augmentation des températures dans les montagnes, des animaux tels que le bouquetin perdent également leur habitat.

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Autriche (2021) – « Arrêtez le changement climatique »

La désertification est un concept complexe, car plusieurs facteurs peuvent y contribuer. Selon une définition pratique de base, la désertification est le processus par lequel les zones arides (terres dont le sol est naturellement pauvre en eau) deviennent encore plus sèches et plus désertiques, parfois à cause de la sécheresse, mais aussi parfois à cause d'une utilisation inappropriée des terres, de l'agriculture, de la déforestation, de la perte de la biodiversité ou d'autres pressions dues à l'augmentation de la population. En effet, l'élément humain est parfois le principal facteur de désertification. Les actions humaines peuvent entraîner la désertification de terres vulnérables ou elles peuvent aussi intensifier les effets de la sécheresse. Jusqu'à 40 % des terres émergées de la planète sont composées de zones arides; la région de l'Afrique située juste au sud du Sahara en est peut-être l'exemple le plus connu, mais on trouve de telles zones dans le monde entier.³

En 2001, la Libye émet une série de timbres sur la désertification grandissante du Sahara. Le dictateur Mouammar Kadhafi avait à l’époque entrepris une lutte importante contre la désertification de son pays en plantant de nombreux palmiers autour de municipalités menacées. Cette lutte, il l’avait poursuivie jusqu’à ce qu’il soit renversé en 2011. Depuis, la désertification a repris le dessus.

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Libye (2001)

L’Arménie émet un timbre en 2004 pour souligner la Journée internationale contre la désertification et la sécheresse.

Arménie (2004)

De nombreux pays ont pris conscience de l'évolution du climat de la planète et des graves problèmes environnementaux. En voici quelques-uns.

Le changement climatique alimentait déjà la quête de sources d’énergie alternative aux îles Tonga en 1990. 

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Tonga (1990)

En 1992, de jeunes enfants ont été invités à dessiner divers problèmes environnementaux qu’ils considéraient être causés par l'humanité.

Grande-Bretagne (1992)

En 2009, c’est au tour d’Aruba de sensibiliser sa population aux effets du changement climatique et cela venant d’un petit pays insulaire qui risque de disparaître si le niveau des océans continue de grimper à la suite de la fonte des glaciers polaires.

Aruba (2009)

Le changement climatique semble être de plus en plus évident. Je ne veux pas être alarmiste, mais en 2019, certains scientifiques affirmaient qu'il ne restait qu'un peu plus d'une décennie pour arrêter les dégâts irréversibles du changement climatique. Personnellement, je crois qu’il faut que nous arrêtions de toujours calculer le temps qui, supposément, nous sépare du cataclysme. Nous devons nous adapter maintenant à cette nouvelle réalité… 


Sur cette note un peu sombre, je te revois le mois prochain… Salut! ☺

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L’automne et les timbres

Bonjour à toi ô jeune ami·e philatéliste! J’espère que tu as passé un bel été, une saison qui, malgré le fait qu’elle dure trois mois comme les autres, semble toujours si courte…

Des flammes rouges, des paillettes d'or, des jaunes vifs et des bruns étincelants, ah oui, l'automne est là. Comme sujet, ce mois-ci, je te propose donc l'automne avec, entre autres une présentation colorée de feuilles d'automne, avec en tête notre belle feuille d'érable canadienne, et une présentation de timbres saisonniers du monde entier!

L'automne est une fête pour les sens. Grâce à une grande variété d'arbres, nos forêts canadiennes commencent progressivement à s'embraser de teintes brillantes de rouge, d'or et d'orange, de septembre à la mi-novembre. Selon les variations de notre climat, les feuilles peuvent commencer à changer de couleurs plus tôt ou plus tard, voire pas du tout pour ce qui est de nos conifères.

Finies les longues journées d'été paresseuses, la puissance du soleil s'estompe, disparaissant de notre ciel en début de soirée, pour laisser place à des nuits fraîches et à des gelées matinales. Les feuilles commencent à tomber sur le sol. Les éclats lumineux des fleurs d'été s'estompent et les animaux sont à la recherche de baies et de noix qu'ils stockeront pour les mois froids à venir.

Le Canada a été très généreux dans ses émissions de timbres ayant comme sujet l’automne. Un bon exemple est un timbre de 7¢ émis en 1971. Ce timbre fait partie d'une série de quatre timbres illustrés par l’artiste canadienne Alma Duncan (1917-2004), représentant notre feuille d'érable lors de nos quatre différentes saisons : le timbre sur le printemps a été émis le 14 avril, l'été le 16 juin, l'automne le 3 septembre et, finalement, l'hiver le 19 novembre. La splendeur automnale des feuilles d'érable illustre le cycle de croissance de l'arbre dont la feuille a toujours été si étroitement associée à l'histoire du Canada. L'évolution de symboles comparables à la feuille d'érable du Canada a une signification profondément ancrée dans notre conscience canadienne. Les références à la feuille d'érable sont entrelacées dans les annales de l'histoire relativement courte du Canada et les recherches ont conclu que notre symbole était considéré comme un emblème approprié dès le XVIIᵉ siècle.¹

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Canada (1971) – La feuille d’érable

Vers la fin des années 70 jusqu’au début des années 80, le Canada avait émis une importante série de timbres courants mettant en vedette des fleurs, arbustes et arbres qui peuplent nos forêts canadiennes. Parmi cette série de timbres figuraient quelques feuilles automnales.

Canada (1977)

Canada (1978)

En 2006, l'Allemagne, à son tour, émet une série de quatre timbres mettant en valeur les mois correspondant à chacune des saisons. Sur le timbre de 0,55 euro consacré à l'automne, les mois d'août à janvier sont inscrits en bas, et les quatre mois qui comprennent une partie de l'automne sont d'un orange foncé saisonnier. Lorsque j’étais enfant en Belgique, je me souviens de nos longues randonnées en famille en Ardennes dans des forêts très semblables.

Allemagne (2006)

Nos voisins du Sud ont, eux aussi, émis un certain nombre de timbres célébrant les couleurs de l’automne. L’automne en Virginie occidentale est représenté sur le timbre pour courrier prioritaire de 5,75 $ mettant en vedette le moulin Glade Creek Grist émis en septembre 2014.

États-Unis (2014) – Timbre pour courrier prioritaire

Parmi les autres timbres américains représentant les arbres colorés de l'automne figure l'un des quatre motifs de la série 2014 « Hudson River School Paintings ». Ce timbre à vie (Scott 4920) reproduit Distant View of Niagara Falls  (Vue lointaine des chutes du Niagara) de Thomas Cole. Les érables à sucre sont représentés au premier plan de cette scène d'automne.

États-Unis (2014) – Enveloppe Premier Jour - Hudson River School Paintings

L'un des premiers timbres à illustrer l’automne fait partie d'une série rendant hommage à des artistes russes. Émis en décembre 1950, ce timbre russe représente l'Automne doré d'Isaac Ilyich Levitan (1860-1900). Peint en 1895, ce paysage représente un bosquet de bouleaux.

Russie (1950)

Un bouleau jaune figure sur un timbre émis par la Suède en 2016. Ce timbre en bobine et un carnet de cinq autocollants composent la série appelée « Autumn Glow ». Les motifs représentent des photographies prises par Christoffer Collin. Outre le bouleau, les photos montrent des érables, des sorbiers et des hêtres avec leur feuillage d'automne.

Suède (2016)

Également émis en 2016, un timbre israélien, le quatrième d'une série intitulée « Seasons in Israel » porte l'inscription « Automne » en haut à droite, mais les feuilles orange et dorées au bas du timbre et sur la languette (étiquette) jointe indiquent également la saison. Les couleurs de l'automne se retrouvent dans la voile du cerf-volant et sur la veste de la jeune fille. À l'arrière-plan se trouve la réserve naturelle de la vallée de la Houla.

Israël (2016)

En 1993, la Royal Mail britannique a émis une série de cinq timbres représentant des fruits et des feuilles de l'automne. Le timbre de 18 p représente les fruits et les feuilles du marronnier d'Inde (Aesculus hippocastanum), le timbre de 24 p représente la mûre (Rubus fruticosus agg). Les noix et les feuilles de l'aveline du noisetier (Corylus maxima) sont représentées sur le timbre de 28 p. Les fruits et les feuilles du sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia) figurent sur le timbre de 33 p; la valeur la plus élevée, 39 p, représente les fruits et les feuilles du poirier (Pyrus communis).²

Grande Bretagne (1993)

Certaines séries de timbres illustrent une région ou un lieu particulier au cours des quatre saisons. Par exemple, une série récente de timbres roumains s'intitule « Les saisons au musée du village ». Elle a été émise à l'occasion du 80ᵉ anniversaire du Musée national du village de Dimitrie Gusti.

Roumanie (2016)

Si tu désires continuer à chercher des feuilles d'automne sur les timbres, la Finlande et le Japon sont de bons points de départ. Plusieurs émissions finlandaises sont consacrées uniquement à l'automne et le Japon a aussi émis plusieurs timbres sur le même thème.

Je ne sais pas si tu es comme moi, l’automne est ma saison préférée. L'automne me surprend chaque année. J'aime les journées claires, ensoleillées et froides, et les arbres qui se parent de couleurs. Je suis toujours heureux de vivre dans un pays où je peux observer le changement des saisons. Parfois, nous sommes tellement occupés que nous passons à côté du monde merveilleux qui nous entoure et des merveilleux cadeaux qu'il nous offre. 

Quoique les changements de couleur de nos arbres annoncent l’arrivée éventuelle de l’hiver, pour moi, l’automne est un renouveau… les écoles rouvrent leurs portes, et les communautés se réveillent permettant ainsi de belles retrouvailles. 

On se retrouve le mois prochain!
 

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Les timbres de Tannu Touva

Bonjour à toi ô jeune ami philatéliste!

Ce mois-ci, je t’invite à m’accompagner aux fins fonds de la Sibérie, aux frontières de la Mongolie pour découvrir un pays méconnu et même oublié : Touva… 

Un minimum d’histoire et de géographie s’impose…

La République de Touva (Tannu Touva) est peut-être la moins connue des possessions russes en Sibérie. D'une superficie de 172 000 kilomètres carrés, elle est isolée des régions russes et mongoles environnantes par un anneau de hautes montagnes, les chaînes de Sayan et de Tannu-Ola. La République de Touva est bordée à l'ouest par la région autonome de Gorno-Altai, au nord-ouest par la région autonome de Khakass, au nord par le territoire de Krasnoïarsk (krai russe) et par la région d'Irkoutsk (oblast russe), au nord-est par la République de Bouriatie et au sud et au sud-est par la Mongolie.

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Le climat est très semblable à celui de l’Ouest canadien : les hivers sont longs et très froids, les températures de janvier pouvant parfois descendre jusqu'à -61 °C (-78 °F). Les étés sont courts et chauds, les températures de juin pouvant atteindre 43 °C (109 °F). Touva est une région riche en faune et en flore, en particulier en ours, renard, chèvre de montagne, léopard des neiges, renne sauvage, loup, écureuil et antilope. La végétation est très variée. Dans les prairies de montagne et les vallées steppiques habitées par les éleveurs de bétail, on trouve souvent des herbes et des arbres à feuilles d'armoise. Les forêts de mélèzes, de cèdres, de sapins et de bouleaux apparaissent dans les régions septentrionales et orientales occupées par les chasseurs et les éleveurs de rennes. Les zones semi-désertiques situées au sud de la chaîne de montagnes Tannu-Ola sont peuplées d'herbes et d'arbustes clairsemés. Tannu Touva compte plus de 8 000 rivières, dont l'Ienisseï, le cinquième plus long fleuve du monde. La partie orientale est couverte de forêts et de montagnes (la plus haute étant le mont Mongun-Tayga – 13 020 pieds – 3 940 mètres). L'ouest est la région de la steppe de la plaine, plus sèche. Le creux d'Ubsunur est un site du patrimoine mondial de l'UNESCO.¹

L'ancienne religion des Touvans est le chamanisme. Selon ce chamanisme, les montagnes, les forêts, les rivières, les animaux et le ciel possèdent tous leurs propres esprits qui doivent être honorés pour que l'homme puisse survivre et s'épanouir.

Des preuves archéologiques, linguistiques, anthropologiques et historiques indiquent que les ancêtres des Touvans modernes se sont formés au cours du premier millénaire après J.-C. à partir d'un mélange de tribus parlant le turc, le mongol, le ket et le samoyède. La plupart des Touvans sont traditionnellement des nomades qui élèvent des bovins, des chevaux, des moutons, des yacks et des chèvres, bien que certains Touvans vivant dans les forêts montagneuses du nord et de l'est de la Touva aient coutume d'élever des rennes à la place. Le Touva a été conquis par les armées mongoles de Gengis Khan vers l'an 1207 et a ensuite été administré par une série de souverains mongols. Dans les années 1750, les dirigeants mongols de Touva ont été vaincus par la dynastie mandchoue Qing qui avait conquis la Chine au cours du siècle précédent, et la région est passée sous domination mandchoue jusqu'à la chute de la dynastie Qing (la dernière dynastie impériale de Chine) en 1911, lorsque la Russie tsariste a fomenté un mouvement séparatiste et, en 1914, a pris le pays sous sa protection.

Touva s'est détachée en 1911 sous le nom de République d'Ouriankhay. Le kraï d'Ouriankhay[a], nom de l'actuelle Touva, fut un protectorat éphémère de l'Empire russe, proclamé le 17 avril 1914, créé à partir de la République d'Ouriankhay, qui venait de proclamer son indépendance vis-à-vis de la dynastie chinoise des Qing lors de la révolution mongole de 1911. Après la révolution de février et l'abdication du tsar Nicolas II, le kraï d'Ouriankhay a reconnu la nouvelle République russe et a réaffirmé son statut de protectorat russe en 1917. (2)

Pendant la guerre civile russe, le pays a été occupé par la Chine et les « Blancs » russes entre 1918 et 1921. Soutenu par l'Armée rouge, le Parti révolutionnaire du peuple touvan a créé l'État fantoche soviétique de la République populaire touvanne (initialement Tannu Touva) le 14 août 1921; la « République populaire touvanne de Tannu » (« Tannu » fait référence aux montagnes de Tannu-Ola) a déclaré son indépendance et le Parti révolutionnaire du peuple touvan (PRPT), nouvellement créé, est devenu le parti au pouvoir.

La République populaire touvanne, connue sous le nom de République populaire de Tannu Touva jusqu'en 1926, était un État partiellement reconnu qui a existé entre 1921 et 1944. Il s'agissait officiellement d'une république socialiste et, de facto, d'un État fantoche soviétique. Elle a été annexée par l'Union soviétique et est devenue une région autonome de l'URSS en 1944.²

 

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 Caravane de chameaux 

Concours de tir à l’arc

Carte de Touva

Fermier

Montagnes de Touva

Tannu Touva (1927)

Aujourd'hui, 263 934 Touvans vivent dans la République de Touva (taille de la Tunisie), représentant 64 % de la population totale. Les 32 % restants sont russes. Environ 10 000 Touvans vivent en dehors de la République de Touva; 20 000 vivent en Mongolie et 4 000 en Chine occidentale.³

Le pays compte environ un million de rennes, de yacks, de chameaux de Bactriane et d'autres animaux de troupeau. Autrefois considéré à tort comme le centre exact de l'Asie, Touva est constitué de hautes plaines et de vallées entourées de sommets de 10 000 pieds qui ont longtemps protégé le pays géographiquement, culturellement et politiquement des événements survenus en Sibérie, au nord, et en Mongolie, au sud. Traditionnellement, les Touvans peuvent être décrits comme des bergers mongols de langue turque qui pratiquent une forme de bouddhisme mahayana semblable à celui du Tibet et ont développé une culture distincte qui se caractérise, entre autres, par un style musical étrange de « chant de gorge » harmonique permettant à un individu de produire deux tons simultanément.⁴

Touva a existé en tant qu'État indépendant de 1921 jusqu'à son absorption par l'Union soviétique en 1944. Officiellement, le terme « Tannu », qui signifie taïga, a été abandonné en 1926 et le pays est devenu la République populaire de Touva, bien qu'il ait continué à être désigné par son ancien nom. Reconnu comme un État souverain par Moscou, Tannu Touva a émis ses propres timbres-poste et sa propre monnaie, l'Aksha, et a promulgué une constitution nationale et un code pénal.⁴

De 1944 à 1990, la république autonome de Touva (transformée en république autonome en 1962) s'est engagée à contrecœur dans un processus de modernisation de type soviétique. Des immeubles d’habitation en béton abritant des technocrates russes sont apparus en banlieue de Kyzyl, des gisements de minerais ont été exploités, des barrages ont été construits, l'électrification a commencé et de nombreux internats d'État ont été créés pour les enfants des zones rurales.⁴

La perestroïka et la glasnost de Gorbatchev ont permis aux aspirations et aux frustrations longtemps refoulées des Touvas de refaire surface. Le sentiment nationaliste refoulé a éclaté au cours de l'été 1990, lorsque des émeutes antirusses ont embrasé les zones urbaines de Touva, faisant des dizaines de morts. Des civils russes ont été attaqués par des foules touvannes déchaînées, des installations gouvernementales ont été endommagées et un air général d'insurrection s'est emparé de la république. Jusqu'à 3 500 professionnels russes auraient fui Touva à la suite des troubles ethniques de 1990.

La République populaire de Touva (Tannu Touva ou Touva) a émis des timbres-poste entre 1926 et 1936, pendant une courte période de la vie de la république. Pendant sa brève période d'indépendance, Tannu Touva a produit une variété de timbres postaux exotiques. De couleurs vives, illustrant des thèmes locaux et souvent de forme inhabituelle, ils étaient très appréciés des collectionneurs. Le souvenir des timbres triangulaires qu'il collectionnait lorsqu'il était enfant a incité le physicien Richard Feynman, lauréat du prix Nobel, à se rendre à Touva. C'est ainsi qu'il a découvert les chants de gorge touvas et que cet art ancestral a été présenté au public occidental. 

Timbres de Touva (1926) – La roue de la vie

Homme de Touva Yurt de Touva Goral Cerf rouge Femme de Touva

Timbres de Touva (1927)

Au milieu du XXe siècle, ils étaient très prisés des collectionneurs de timbres du monde occidental en raison de l'obscurité et de l'exotisme de Tannu Touva, ainsi que des motifs originaux et colorés des timbres. Il y a de nombreuses années, les timbres de Touva étaient un produit de base du commerce des paquets, largement disponible et pas si difficile à trouver. Comme ils venaient de très loin et qu'ils représentaient la vie quotidienne de personnes inhabituelles, les timbres de Touva ont acquis une grande notoriété au moment de leur émission. C'était également l'âge d'or de la philatélie (années 1920 et 1930). La légitimité des émissions de Tannu Touva était considérée comme douteuse par certains, mais il existe suffisamment d'enveloppes (essentiellement philatéliques) de Tannu Touva à Moscou pour établir que les timbres ont été utilisés dans le courrier postal, et tous les principaux catalogues répertorient désormais les timbres.

La traite des yacks

L’ours brun

Grand Tétras à bec noir

Éleveur de rennes

Timbres de Touva (1935)

En réalité, la quasi-totalité des timbres était produite à Moscou et vendue directement aux collectionneurs par l'intermédiaire du commerce philatélique, en échange de devises fortes. Le gouvernement de la République de Touva et la production de timbres étaient sous le contrôle de la Russie soviétique, ce qui explique les ressemblances sur le plan de l’imprimerie avec les timbres russes de la même époque.

Au cours des années 1994-1995, le gouvernement autonome de Touva a officiellement préparé des timbres pour l'usage postal, mais ces derniers n'ont jamais été émis parce qu'ils ont été refusés par la Russie. Les timbres ont été imprimés en Autriche ou en Chine, la plupart d'entre eux ayant la forme et le dessin des anciens timbres touvas et représentant des thèmes touvas.

Feuillet souvenir de Touva (1995)

D'autres timbres attrayants de Touva, émis en 1995, représentent les animaux sauvages de ce pays autrefois indépendant. Touva est fier de sa faune variée, appréciée par ses habitants qui la chassent et la piègent pour la nourriture et les fourrures, afin de survivre aux hivers froids du centre de l'Asie.

 

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En fait, bon nombre de ses animaux figuraient sur ses premiers timbres illustrés, à l'époque où elle était une république indépendante de 1921 à 1944.

Cette série a été imprimée en Chine à la demande du gouvernement de Touva, mais n'a pas été mise en vente pour l'usage postal, la poste étant contrôlée par la Fédération de Russie. Le gouvernement de Touva a toutefois pu les vendre à des collectionneurs en tant que « souvenirs ». 

D’autres timbres avec des thématiques non reliées à l’histoire ou à la faune de Touva ont aussi été émis. Ces timbres mettent en vedette des chats, des chevaux, des fusées, etc. et sont destinés au marché des collectionneurs de timbres thématiques. La plupart de ces timbres ont été émis sans l’autorisation des services postaux de Touva et bien des collectionneurs soupçonnent qu’ils ont été imprimés par la mafia russe…

Bon chers amis philatélistes, je vous retrouve le mois prochain!

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Les timbres de l’île de Staffa

Bonjour à toi ô jeune ami philatéliste!

Ce mois-ci, je t’invite à découvrir l’île de Staffa…

Le nom Staffa est dérivé d'un ancien mot scandinave signifiant « île à piliers ». Cette distinction relève de ses formations basaltiques en forme de colonnes. Staffa est une île des Hébrides intérieures, en Écosse. Les Vikings lui ont donné ce nom, car son basalte en forme de colonne leur rappelait leurs maisons, construites à partir de troncs d'arbres placés verticalement. Staffa se trouve à environ 10 kilomètres à l'ouest de l'île de Mull. Sa superficie est de 33 hectares et son point culminant est de 42 mètres.¹

 

L’île de Staffa était peu connue jusqu'en 1772, lorsque le botaniste Joseph Banks en souligne la beauté sauvage et naturelle. Cette dernière devient rapidement un lieu incontournable. Parmi les visiteurs célèbres, on compte la reine Victoria, Lord Tennyson, Jules Verne, Robert Louis Stevenson et John Keats. Comme beaucoup, ils sont tombés sous le charme de l'île.²

 

Dans un article précédent, je t’avais déjà parlé des timbres « Cendrillons », ces timbres qui n’en sont pas vraiment. L’île de Staffa en est un parfait exemple. De nombreux collectionneurs considèrent que les timbres de l’île de Staffa sont de fausses étiquettes qui n'ont aucune validité postale, car personne n'habite à Staffa, il n'y a pas de service postal et il n'y en a jamais eu.

 

Un escroc, Clive Feigenbaum, qui passait des vacances à Staffa, a dupé un certain nombre de collectionneurs dans les années 1970 avec ses soi-disant timbres locaux. Feigenbaum a fait valoir que ces timbres se devaient d'être reconnus, car, selon lui, Staffa disposait d'un service postal légitime. Toutefois, le service postal de Staffa, une île écossaise isolée et inhabitée, se résumait en fait à une boîte aux lettres sur une jetée où les lettres pouvaient être renvoyées vers l'Écosse et la Grande-Bretagne, si le temps le permettait. Étant donné que personne ne vit sur Staffa, il est douteux que le service postal soit autre chose qu'une curiosité touristique. Feigenbaum avait le droit de produire des timbres marqués Staffa, moyennant une redevance versée au propriétaire de l'île, qui assurait le service postal.

 

Selon certains, les seuls timbres locaux en Grande-Bretagne qui peuvent prétendre à un service authentique sont les timbres de Lundy et de l’île Herm. Les autres, Staffa, Stroma Einhallow, Bernera, Caldey, etc., et même Saint-Kilda ne seraient que des étiquettes de pot de confiture. Et pourtant, de nombreux autres collectionneurs s’en donnent à cœur joie en les collectionnant. Pour moi, je les trouve simplement intéressants.

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Île de Staffa en Écosse – Vues panoramiques de l’île

Celle-ci provient d'une série sur les uniformes émise en 1977. Le timbre est à l’effigie d’Alfred, duc de Saxe-Cobourg et Gotha. Le prince Alfred, deuxième fils de la reine Victoria, a dû éprouver des sentiments mitigés à l'égard de ses voyages en Australie. Lors de sa première visite, il a passé beaucoup de temps à se promener dans la campagne pour observer la faune et la flore, et à tirer sur des lapins, animaux qui à l’époque avaient déjà envahi l’Australie. Lors de sa deuxième visite, quelqu'un lui a tiré dessus, une balle non mortelle dans le dos.

Timbres de Staffa émis en 1977 pour souligner le 25ᵉ anniversaire du Jubilé d’argent de l’accession au trône d’Élizabeth II.

Parmi les timbres les plus laids de ma collection. Je ne sais pas où l’image a été dénichée pour célébrer la traversée de l’Atlantique par Charles Lindbergh… mais le pauvre Lindbergh ressemble à un cadavre…

Noces royales d’argent en 1972. La princesse Élizabeth et Philip Mountbatten se sont mariés le 20 novembre 1947. Le palais de Holyrood est la résidence officielle de la monarchie en Écosse depuis 1856.

Staffa - Une autre série émise pour commémorer les noces royales d‘argent en 1972. Si tu fais bien attention, tu remarqueras l’erreur. La Reine s'est mariée le 20 novembre 1947. Toutefois, l'estampe indique le 21 novembre... Un jour de retard!

Série intéressante émise en 1974 pour célébrer le centenaire de l’Union postale universelle (UPU). Je dis « intéressante », car l’UPU a toujours refusé officiellement de reconnaître les timbres de Staffa et autres entités semblables.

Autre série intéressante de Staffa sur les canards dont un seul ne fait que passer rarement par l’île. Toutefois, c’est une belle addition à une collection sur la faune…

À chacun ses goûts en matière de collection. La philatélie se doit d’être un plaisir, alors si ces timbres vous intéressent, n'hésitez pas à les collectionner!

 

Certains collectionnent les étiquettes de bière ou des boîtes d'allumettes, d'autres les cartes de base-ball et de football, d'autres encore les cartes Pokémon. Tous ces objets n'ont aucune valeur intrinsèque, mais les collectionneurs sont prêts à verser de l'argent pour obtenir ceux qui sont rares et inhabituels.

 

Pour être tout à fait clair, je ne « déteste » pas les timbres de Staffa et les autres timbres semblables. Ce que je trouve impardonnable, ce sont les actions de gens tels que Feigenbaum qui les ont produits pour exploiter l'intérêt croissant des nouveaux collectionneurs lors du boom des années 1970. Il s'agissait d'une exploitation cupide visant les nouveaux collectionneurs.

 

Bien que la plupart des pays produisent des émissions de timbres qui dépassent largement les besoins postaux actuels et qui sont destinées au marché des collectionneurs, la plupart d'entre elles peuvent encore avoir une valeur postale et une utilisation légitime, même si elles ne sont souvent pas utilisées de nos jours.

 

Voilà… on se retrouve le mois prochain!

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Les timbres du Congo belge

Bonjour à toi ô jeune ami·e philatéliste!

Ce mois-ci, j’aimerais t’inviter à découvrir un pays qui m’a toujours fasciné : le Congo belge. Situé en plein cœur de l’Afrique, le pays que nous connaissons de nos jours sous le nom de République démocratique du Congo a toujours éveillé les convoitises. Terre d’origine pour un grand nombre de nos nouveaux compatriotes francophones d’origine africaine, il est important d’en connaître l’histoire afin de bien en comprendre la réalité contemporaine. Bien sûr, les timbres sont là en appui…

 

Collectionner les timbres du Congo belge est une façon d'aborder l'histoire philatélique de l'Afrique et de la Belgique. L'Afrique coloniale a produit des milliers de superbes timbres provenant d'un éventail vertigineux d'États, de colonies, de fusions et de régions. Les timbres du Congo belge sont particulièrement appréciés des collectionneurs.

 

Lorsque l'Angleterre a émis le premier timbre-poste, le Penny Black, en mai 1840, elle a établi une norme en matière de conception de timbres pour tous les gouvernements du monde. Les normes comprenaient l'orientation verticale du timbre et sa forme rectangulaire de base, une valeur imprimée de manière proéminente et un dessin représentant un portrait du monarque dans un cadre orné et sur un fond sombre.

 

De nombreuses régions du monde reflètent l'impérialisme culturel et politique que les Britanniques, les Français, les Espagnols, les Portugais et les Néerlandais ont exercé pendant l'ère de l'exploration dans les années 1500-1600 et pendant les siècles qui ont suivi. À l'exception du Liberia (1860), de l'Afrique du Sud (1910) et d'une ou deux autres petites républiques éphémères sanctionnées par les États-Unis, l'affranchissement africain a utilisé des numéros postaux coloniaux jusqu'à ce que les régions obtiennent enfin leur indépendance après la Seconde Guerre mondiale.

 

Le Congo belge était le nom colonial de ce qui est aujourd'hui le pays indépendant de la République démocratique du Congo. Malheureusement, le pays a une histoire coloniale très peu glorieuse. Comme la majeure partie de l'Afrique subsaharienne, le pays a été colonisé assez tardivement, lorsque les puissances européennes se sont empressées de diviser le continent et d'exploiter la population et les ressources naturelles pour s'enrichir le plus possible.

 

Si des prix étaient décernés pour le pire exemple d'administration coloniale, la Belgique pourrait bien remporter le trophée pour sa gestion exécrable du Congo belge.

 

Jusqu'à la fin du XIXᵉ siècle, peu d'Européens s'étaient aventurés dans le bassin du Congo. La forêt tropicale, les marécages, le paludisme et d'autres maladies tropicales, comme la maladie du sommeil, en faisaient un environnement difficile pour l'exploration et l'exploitation par les Européens. L’explorateur portugais Diogo Cão a contourné l'embouchure du fleuve Congo en 1482, ce qui a conduit le Portugal à revendiquer la région, comme l'Angleterre l'avait fait pour le fleuve Victoria. Les États occidentaux ont d'abord été réticents à coloniser la région en raison du manque d'avantages économiques évidents.

 

Henry Morton Stanley, célèbre pour avoir pris contact avec le missionnaire britannique David Livingstone en Afrique en 1871, a exploré la région au cours d'un voyage qui s'est achevé en 1877 et qui est décrit dans le bouquin de Stanley intitulé Through the Dark Continent (1878). En 1876, Léopold II, roi des Belges, organise une conférence géographique à Bruxelles, invitant des explorateurs célèbres, des philanthropes et des membres de sociétés géographiques à susciter l'intérêt des Européens pour une entreprise « humanitaire » en Afrique centrale afin d'améliorer et de civiliser la vie des peuples indigènes. Lors de la conférence, Léopold II organisa l'Association internationale africaine avec la coopération d'explorateurs européens et américains et le soutien de plusieurs gouvernements européens, et fut lui-même élu président. Sous ce couvert philanthropique, Léopold II utilisa l'association pour promouvoir des plans visant à s'emparer de l'Afrique centrale indépendante. ¹

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Congo belge (1928) - Stanley

Le roi Léopold II de Belgique voulait que le petit pays européen prenne agressivement le contrôle de la région du bassin du fleuve Congo, mais le gouvernement démocratiquement élu de la Belgique a refusé. Léopold II organisa alors une société privée qu'il finança grâce à des prêts accordés par la Belgique, et déplaça des forces paramilitaires dans la région pour prendre le contrôle d'une vaste étendue de terres. En 1885, la Conférence de Berlin a réuni les grandes puissances coloniales du monde pour établir les limites du contrôle colonial en Afrique. Le 5 février 1885, Léopold II crée l'État indépendant du Congo en s'emparant brutalement de la masse continentale africaine pour en faire sa propriété personnelle. Plutôt que de contrôler le Congo en tant que colonie, comme l'ont fait d'autres puissances européennes dans toute l'Afrique, Léopold II a fait de la région une propriété privée. (La colonisation d'autres peuples, quelle qu'en soit la justification, est une erreur. Les peuples colonisés sont dépouillés de leurs terres, de leurs ressources et de leur liberté.) L'État libre du Congo n'avait aucun lien officiel avec la Belgique.

Le roi Léopold II figure sur l'émission de timbres de 1886 et sur l'émission de huit timbres de 1887-1894.

État indépendant du Congo (1886)

État indépendant du Congo (1887-1894)

La colonie a débuté sous le nom d'État indépendant du Congo, propriété personnelle du roi Léopold II de Belgique. Léopold II dirigeait la colonie par l'intermédiaire d'une camarilla de copains appelée l'Association internationale africaine. Le roi et ses sbires ont exploité sans pitié la population et les ressources de la colonie. Il n'existe pas de statistiques précises, mais le nombre de décès directement imputables à la mauvaise administration coloniale s'élève probablement à sept chiffres. Léopold II a financé des projets de développement avec l'argent que lui a prêté le gouvernement belge. L'objectif déclaré du roi était d'apporter la civilisation au peuple du Congo, une immense région d'Afrique centrale. (Il est faux de croire qu'un peuple est plus civilisé qu'un autre.)

Quelques timbres émis par l’État indépendant du Congo (1894)

Léopold II était une vraie brute. Il contraint le peuple congolais à la servitude dans les plantations de caoutchouc, sources de ses propres richesses. Ses gouverneurs étaient connus pour leurs atrocités, dont l'acte horrible consistant à couper les mains des hommes, des femmes et des enfants qui ne respectaient pas les quotas de production. Des maladies, souvent introduites d'Europe, sévissaient dans le pays et la population souffrait dans une misère absolue.

En 1908, le tollé et la condamnation internationale ont finalement conduit le gouvernement belge à prendre le contrôle de la colonie, qui a été rebaptisée Congo belge. Les premiers timbres du Congo belge de 1908 portaient les noms français et flamands de la colonie : Congo belge et Belgisch Congo.

Les Belges ont été de piètres administrateurs coloniaux, mais ils ont émis de magnifiques timbres pour la colonie. Les timbres du Congo belge confirment l'hypothèse selon laquelle plus le gouvernement est horrible, meilleure est la qualité de ses timbres. Les motifs gravés représentaient des paysages exotiques, des personnes, la flore et la faune.

Entre 1910 et 1915, le Congo belge a émis une série de 15 timbres dont un célèbre la culture bangala. La langue bangala est une langue bantoue et est aujourd'hui parlée ou comprise par environ 3,5 millions de personnes. Il s'agit en fait d'un moyen de communication (lingua franca) entre les tribus des différents groupes ethniques qui bordent le fleuve Congo.

Congo belge (1910-1915) – Homme bangala et son épouse

Entre 1931 et 1937, le Congo belge a aussi émis une série de 18 timbres magnifiquement gravés. Ces timbres, typiques des timbres coloniaux d'Afrique, représentent des scènes de la vie quotidienne, des animaux et des peuples d'Afrique. Les timbres sont tous d'une couleur unie différente.

Trois timbres de cette série représentent des musiciens jouant des instruments de musique traditionnels du pays. Les musiciens représentés sur ces timbres jouent de la flûte, du tambour et d'un instrument à cordes.

Ces timbres sont très certainement typiques des timbres coloniaux de l'époque. Vêtus d'habits « traditionnels », les six musiciens (tous des hommes) sont torse et pieds nus. Les musiciens sont debout ou assis devant des huttes d'herbe, des bâtiments simples ou des plantes exotiques. Cette représentation des musiciens est respectueuse, mais simpliste. Ils sont à la fois exotiques et simples. Primitifs et heureux. Les timbres sont typiques des timbres coloniaux d'Afrique, avec des images stéréotypées.

Congo belge (1932)

Le premier timbre représente deux hommes jouant de simples flûtes à soufflet, faites d'une seule pièce de bois avec plusieurs trous pour les doigts. Les deux hommes se tiennent debout, de face, et jouent pour les spectateurs. À l'arrière-plan, des huttes en herbe renforcent l'image « exotique » du timbre. Cette scène est typique de la façon dont les populations africaines étaient souvent perçues par les Européens.

Le deuxième timbre représente également deux musiciens. Ces musiciens sont ceux que l'on trouve dans la région du lac Léopold II, dans l'ouest du pays. Le musicien de gauche joue du ngoma (un tambour à tête en peau). Le musicien de droite joue d'un instrument à cordes, connu sous le nom générique de pluriarc. Chaque corde d'un pluriarc a son propre manche (dans ce cas, une baguette), alors qu'une harpe a un seul manche pour toutes les cordes. 

Le troisième et dernier timbre représente deux batteurs debout avec leurs instruments. Les musiciens portent leurs instruments munis de courroies placées au-dessus de leurs épaules. Le personnage de gauche joue sur un tambour à fentes appelé lukombé. Il joue du tambour en bois avec une mailloche. Le deuxième personnage joue sur un tambour à peau avec ses mains. Les musiciens appartiennent à la tribu Tetela, originaire du centre du pays.²

Le 1ᵉʳ janvier 1943, le Congo belge a émis deux timbres définitifs de grande valeur : un timbre de 50 francs sur la femme congolaise et un timbre de 100 francs sur l'askari (soldat indigène).

Congo belge (1943)

Au cours des années 1940 et 1950, la société congolaise, essentiellement agricole, a commencé à s'urbaniser et la Belgique a investi dans l'infrastructure du pays. Contrairement à de nombreuses autres colonies d'Afrique et d'Asie à l'époque, une classe moyenne prospère s'est développée dans les villes du Congo belge. La période qui a suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale a également été marquée par un mouvement croissant en faveur de l'indépendance des colonies à travers le monde, et le Congo obtient son indépendance en 1960.

Congo belge (1947) - Masques

Congo belge (1952) – Fleurs locales

Congo belge (1958) – Rois belges

Lorsque le Congo belge est devenu la « République du Congo » en 1960, les timbres du Congo belge ont cessé d'exister. D'une période finie et périmée de l'histoire de l'Afrique centrale, les timbres du Congo belge restent un élément essentiel de l'activité des collectionneurs de timbres de l'Afrique coloniale. Il est possible de presque compléter une collection des timbres du Congo belge (1908-1960) sans trop dépenser.

En janvier 1960, la Belgique accepte d'accorder l'indépendance au Congo belge et des élections générales sont organisées le 31 mai. Le 30 juin, le pays devient indépendant. Le Congo est immédiatement déchiré par des violences domestiques, qui provoquent la fuite de la plupart des Blancs et la sécession de deux des régions les plus riches, le Katanga et le Sud-Kasaï. En août, les troupes belges sont remplacées par les forces des Nations unies, qui rétablissent progressivement l'ordre et répriment les mouvements indépendantistes dans le sud. En 1963, le Katanga est réuni au Congo et, le 30 juin 1964, son président, Moïse Tshombé, devient premier ministre du Congo.

Quelques mois après le retrait des Nations unies (juin 1964), un nouveau mouvement séparatiste éclate lorsqu’une République populaire est proclamée à Stanleyville. Le gouvernement central réprime ce soulèvement, avec le soutien, entre autres, de mercenaires belges. En 1965, le général Joseph D. Mobutu devient président. Il lance un programme d'africanisation, dans le cadre duquel tous les Congolais portant des noms chrétiens doivent adopter des noms africains (il devient Mobutu Sese Seko), les noms de lieux congolais sont modifiés et, en 1971, le Congo lui-même est rebaptisé République du Zaïre. Après plus de deux décennies de corruption et d'inefficacité, Mobutu est renversé en 1997 et le Zaïre redevient la République démocratique du Congo.³

Des timbres semi-postaux ont été émis au Congo belge à partir de 1918. Ces excellentes pièces peuvent compléter une collection de timbres du Congo belge, tout comme les différents timbres-poste émis à partir de 1923. Outre ces timbres de spécialité, d'autres objets postaux de collection du Congo belge, tels que les feuilles complètes, sont très prisés des acheteurs.

L’histoire philatélique de la République démocratique du Congo et du Zaïre est aussi passionnante… mais ce sera pour une autre fois… On se retrouve le mois prochain!

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Tonga – Les timbres de la dernière
monarchie du Pacifique!

Salut à toi ô ami·e philatéliste! Malo e lelei! (Bonjour en tongien)

Tu l’auras deviné… ce mois-ci, je te présente l’île de Tonga et ses fabuleux timbres!

Normalement, les petites îles du Pacifique Sud attirent rarement l’attention. Quoique dernièrement aux nouvelles et lors de la récente Conférence sur les changements climatiques à Dubaï, certaines, dont Tonga, ont fait la manchette. En effet, ces petites îles sont à la merci des eaux montantes. 

Les Tonga sont certainement l'une des îles les moins connues, mais leur histoire est assez intéressante, surtout lorsqu'on sait qu'elles sont la seule monarchie qui subsiste dans une région qui en comptait plusieurs. 

Par exemple, les îles Cook ont eu Makea Takau Ariki (« ariki » signifie reine), qui a régné pendant 40 ans, de 1871 à sa mort en 1911. L'image de la reine Makea figure sur certains timbres des îles Cook émis entre 1893 et 1919.

Un chef de guerre fidjien, Seru Epenisa Cakobau (prononcé Thakombau), devint le premier monarque des Fidji, unissant les tribus en guerre des îles, mais ne régnant sous le nom de roi Cakobau que pendant une courte période, de 1871 à 1874. 

Les Fidji ont ensuite été cédées à la reine Victoria par le roi Cakobau, qui est finalement apparu sur un timbre-poste des Fidji en 1970 marquant l'indépendance de la nation.

Si tu te souviens, je t’ai déjà parlé de l’histoire de la monarchie d’Hawaii.

Les monarchies des îles du Pacifique se sont succédé, mais celle de Tonga est la seule qui perdure. La monarchie tongienne remonte au 10ᵉ siècle, à l'époque où les dirigeants étaient des chefs qui sont ensuite devenus des rois.

Le royaume de Tonga, dans le Pacifique, s'étend sur des centaines de petites îles polynésiennes réparties en trois groupes principaux allant du nord au sud : Vava'u, Ha'apai et l'île principale de Tongatapu, où se trouve la capitale, Nuku'alofa. Bien qu'il n'ait jamais été une colonie britannique, le royaume de Tonga est resté sous la protection de la Grande-Bretagne jusqu'à ce qu'il obtienne son indépendance au sein du Commonwealth en 1970.

La dynastie du royaume de Tonga remonte au 10ᵉ siècle. Toutefois, ce n’est qu’en 1875 que la première constitution a été adoptée sous le règne du roi George Tupou Iᵉʳ, l'homme qui a unifié toutes les îles au sein des Tonga.

Les débuts de l'histoire postale des Tonga remontent aux missionnaires wesleyens, qui ont débarqué dans les îles en 1826 et ont envoyé des communications régulières à Londres et à Sydney. Le premier bureau de poste des Tonga a été créé en 1887, mais même avant cela, des timbres-poste à l'effigie du roi George Tupou Ier ont été produits en Nouvelle-Zélande.

Les Tonga ont commencé à émettre des timbres-poste en 1886, dont le premier représente le roi George Tupou Ier. La plupart des timbres émis sous son règne portaient également son image et, dans de nombreux cas, il existe des variétés extrêmement difficiles à trouver.

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Tonga 1886 – Roi George Tupou 1ᵉʳ

Le roi Georges Tupou Iᵉʳ est mort en 1893 à l'âge de 96 ans. Ayant survécu à son fils et à son petit-fils, c'est son arrière-petit-fils, George Tupou II (en tongien, Siaosi Tupou II), qui lui succède.

Le premier timbre à l'effigie du nouveau roi fut émis en 1895, mais le monarque n'aimait pas son apparence sur le timbre. Le timbre fut donc redessiné et réémis, mais le roi ne l'aimait toujours pas. 

Deux ans plus tard, une nouvelle série de 15 timbres gravés attrayants a été émise. Le nouveau portrait du roi George Tupou II orne plusieurs coupures des nouveaux timbres et, cette fois, il est satisfait. 

Tonga 1895 – Roi George Tupou II

Le 1ᵉʳ juin 1899, le roi épouse Lavinia Veiongo et le mariage royal est commémoré par un timbre-poste (Scott 53), peut-être le premier mariage royal à être représenté sur un timbre. 

Tonga 1899 – Mariage du roi George Tupou II et Lavinia

Le timbre de 1d à motif d'arbre était surchargé de l'inscription « T-L ». « T-L » : le « T » pour Taufa'ahau, le nom de famille du roi, et le « L » pour Lavinia, ainsi que la date du mariage, écrite comme « 1ᵉʳ juin 1899 ». 

En 1900, Lavinia donne naissance à une fille, Salote, mais Lavinia contracte ensuite la tuberculose et meurt en 1902. George Tupou II choisit un mari pour Salote : un chef, provenant d’une lignée distinguée, nommé Viliami Tungi Mailefihi, et ils se marient en 1917. 

Le roi mourut l'année suivante et Salote, âgée de 18 ans seulement, lui succéda. Elle devient la première (et, à ce jour, la seule) reine régnante des Tonga. Neuf timbres ont été émis pour la nouvelle reine Salote Tupou III en 1920.

Tonga 1920 – Reine Salote

Les coupures de 2d et 2½d sont intéressantes à collectionner, car il en existe plusieurs variétés et rééditions, toutes accessibles à un budget très modeste, ce qui malheureusement n’est pas le cas pour tous les timbres de l’ère classique de la philatélie tongienne. 

Les timbres à l'effigie de la reine Salote ont été émis jusqu'en 1942; en 1938, une image plus adulte de la reine est apparue sur les timbres des Tonga.

Tonga 1938 – Reine Salote

Tonga 1950 – 50e anniversaire de la reine Salote

Tonga 1955 – Reine Salote

La reine Salote est décédée en 1965, peu après que les Tonga eurent commencé à émettre des timbres métalliques gaufrés, circulaires et découpés, représentant la nouvelle monnaie des Tonga et la souveraine bien-aimée de la nation.

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Tonga 1965 – Timbres circulaires

La plupart des citoyens de Tonga diraient que la reine Salote ne pouvait pas être remplacée, mais l'aîné de ses trois fils est monté sur le trône en 1965 sous le nom de roi Taufa'ahau Tupou IV. Les premiers timbres à son effigie ont été émis pour commémorer le couronnement de 1967.

Tonga 1967 – Roi Taufa'ahau Tupou IV.

Il s'agissait également de timbres-poste : découpés à l'emporte-pièce, gaufrés et imprimés sur une feuille de palladium. Tupou IV avait épousé Halaevalu Mata'aho Ahome'e en 1947, et le couple royal a eu quatre enfants. 

Les Tonga ont continué à émettre des timbres de forme étrange pendant la majeure partie du règne de Tupou IV, qui s'est achevé à sa mort en 2006. 

Son fils devient alors roi, sous le nom de George Tupou V, avec deux timbres et un bloc-feuillet en 2008 pour marquer le couronnement.

Tonga 2008 – Couronnement de George Tupou V

En 1974, le prince non marié de l'époque avait créé un problème de succession royale en engendrant une fille, qui ne pouvait pas accéder au trône, car il n'y avait pas eu de mariage royal. 

À la mort de George Tupou V en 2012, son frère lui a succédé. Il est devenu le roi George Tupou VI et est l'actuel monarque des Tonga. 

Son couronnement a eu lieu en 2015, et l'événement a été marqué par deux timbres et un bloc-feuillet. 

 

Tonga 2015 – Couronnement de George Tupou VI

Le roi George Tupou VI et la reine Nanasipau'u Vaea ont trois enfants, dont le fils aîné, Tupouto'a 'Ulukalala, est le prince héritier et l'héritier présomptif. Le prince héritier et sa princesse ont un fils et une fille, leur fils étant le second dans l'ordre de succession au trône. 

Longue vie à la monarchie tongienne? Peut-être, mais certains citoyens tongiens demandent l'élimination de la monarchie et du système féodal dans son ensemble. L'avenir nous dira si les jours royaux sont comptés pour cette dernière monarchie du Pacifique Sud.¹

Courrier en conserve

Imagine un peu ce que c'est que de vivre dans un endroit si éloigné que la distribution du courrier est difficile et, par conséquent, rare. C’est pourtant le cas pour des milliers d'îles minuscules et habitées éparpillées dans l'océan Pacifique Sud. 

L'exemple le plus connu est probablement celui de l'île de Niuafo'ou, qui fait partie du royaume de Tonga.

À la fin du XIXᵉ siècle, on a découvert que cette petite île produisait d'énormes noix de coco charnues qui constituaient une source importante d'huile utilisée dans la fabrication du savon. Cette découverte a suscité l'intérêt de marchands allemands et britanniques qui achetaient des noix de coco séchées aux cultivateurs et les expédiaient outre-mer.

Dans le cadre de leurs activités, ces marchands avaient besoin de communiquer avec les entreprises qui les employaient. En l'absence de communication radio, de port et de navires de ravitaillement occasionnels pouvant apporter le courrier, cela s'avérait difficile.

D'autres navires passaient devant l'île, mais sans ancrage sûr, l'échange de courrier était impossible – jusqu'au jour où un négociant a vu des habitants de l’île de Niuafo'ou en train de pêcher. Ces derniers coupaient des branches de mûrier qui flottaient, et ces branches étaient utilisées pour soutenir les nageurs pendant qu'ils pratiquaient la pêche au harpon.

Les commerçants pensaient que si les nageurs pouvaient utiliser des perches pour attraper et rapporter du poisson, ils pourraient facilement utiliser des perches pour aller vers un navire qui passait pour prendre le courrier.

Les navires collectaient le courrier pour Niuafo'ou lorsqu'ils faisaient escale à Nuku'alofa, l'île principale de la chaîne des Tonga.

Le commissaire de bord plaçait le courrier dans des bidons de kérosène vide. Lorsque les nageurs approchaient, il jetait les bidons par-dessus bord pour que les nageurs les récupèrent.

Le courrier en partance de l'île était enveloppé dans une toile cirée et attachée à un bâton tenu au-dessus de l'eau pendant la traversée à la nage jusqu'au navire. Le navire larguait une ligne, et le paquet de courrier était attaché à la ligne et hissé jusqu'au navire. Le courrier était ensuite placé dans le circuit postal au prochain port d'escale du navire.

Il s'agissait d'un système étrange, mais qui fonctionnait plutôt discrètement et efficacement jusqu'en 1929 environ, lorsqu'un négociant allemand nommé Walter George Quensell a commencé à apposer sur son courrier sortant un timbre en caoutchouc portant la mention « Tin Can Mail » (courrier en boîte de conserve).

Les collectionneurs de timbres n'ont pas tardé à s'en apercevoir. Au début des années 1930, Quensell s'est mis à créer du courrier pour les collectionneurs de timbres et les touristes sur les bateaux de croisière, qui ont commencé à ajouter Niuafo'ou à leurs itinéraires afin que les passagers puissent se divertir en envoyant du courrier et en le regardant être collecté par les postiers nageurs.

Toutefois en 1932, l'un des nageurs fut mordu par un requin. La blessure fut fatale et, en conséquence, le gouvernement tongien décréta qu'il était interdit d'aller chercher le courrier à la nage.

Par la suite, le courrier ne pouvait être transporté vers et depuis les navires qu'à bord de pirogues à balancier. Cette méthode était également dangereuse en raison des eaux tumultueuses qui entourent l'île de Niuafo'ou. Le courrier ainsi livré portait alors la mention « Tin Can-Canoe Mail ». C'était encore une nouveauté, très recherchée par les collectionneurs de timbres du monde entier.

En 1983, les Tonga ont commencé à émettre des timbres pour Niuafo'ou. Une série émise en 1986 pour célébrer le 100e anniversaire des premiers timbres-poste des Tonga représente les services Tin Can Mail. 

Aujourd'hui, une petite piste d'atterrissage permet d'acheminer le courrier et les fournitures, mais les Tonga sont également connectées au monde grâce à la communication par satellite et à Internet, ce qui n'implique pas de devoir éviter les requins!!²

Tonga – Niuafo’ou – Commémoration du centenaire philatélique des Tonga et le « Tin Can Mail »

Jusqu'en 1963, le programme d'émission de timbres des Tonga était modeste. Mais cette année-là, la poste tongienne s'est distinguée en émettant des timbres en feuille d'aluminium doré de différentes formes. Au fil des ans, la pratique évolue pour inclure des timbres en forme de cœur, de fruit, de banane, de livre, de bouclier, de pièce de monnaie et d'autres symboles de l'histoire et de la culture du pays. Ces timbres ont fourni de précieuses recettes au gouvernement tongien, alors que le royaume s'efforçait de diversifier son économie.³

Et voilà, j’espère t’avoir fait découvrir un pays intéressant situé en plein océan Pacifique. L'élévation du niveau de la mer est un danger clair et présent pour cette nation insulaire du Pacifique. Depuis l'éruption volcanique record d'il y a un an, qui a déclenché des vagues de tsunami de 15 mètres de haut qui ont dévasté des villages entiers, le gouvernement construit des digues de plus en plus hautes pour empêcher l'océan de pénétrer dans le pays. À risque d’être éventuellement submergé par la montée des eaux, Tonga et ses pays voisins sont devenus de vigilants porte-paroles contre les changements climatiques…

On se retrouve le mois prochain! Bonne continuation!

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Les Rajahs de Sarawak

Bonjour à toi ׅô jeune ami·e philatéliste!

Depuis mon dernier article sur la monarchie des îles Tonga, je me suis réintéressé à d’autres monarchies captivantes.

As-tu déjà eu envie d'être le roi de ton propre pays? Moi, oui. Dans un article précédent, je t’avais déjà parlé de ma création d’un pays fictif, le Duché de Montbeau (essentiellement ma cour arrière située dans la ville de Beaumont, en Alberta). Je crois que nombreux sont ceux qui rêvent d’être monarque… Ce mois-ci, je te propose de plonger dans les timbres et l'histoire du royaume de Sarawak et de la dynastie des Brooke.

Tout d’abord, un peu de géographie s’impose afin de bien situer l’État de Sarawak.

 

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Sarawak est un État qui fait aujourd'hui partie de la Malaisie. Le Sarawak se trouve sur la moitié ouest de l’île de Bornéo, la troisième plus grande île du monde. Il se trouve presque sur l'équateur, dans la mer de Chine méridionale, et est tropical, avec une jungle et des montagnes. Il comprend la partie nord-ouest de l'île de Bornéo et est délimité par le sultanat de Brunei et Sabah (Malaisie) au nord et par le Bornéo indonésien (Kalimantan) à l'est et au sud. Le Sarawak possède une côte basse et très découpée le long de la mer de Chine méridionale. Une grande partie de sa superficie est couverte de forêt tropicale. La plaine côtière marécageuse est adossée à une région vallonnée, entrecoupée de montagnes et de nombreux cours d'eau navigables. Depuis la création du pays, la capitale du Sarawak est Kuching, et selon le recensement de 2020, la population compte 2,45 millions d’habitants.¹

L’histoire de ce qui est aujourd’hui le Sarawak remonte à plusieurs milliers d’années. Toutefois, dans le contexte philatélique de mon article, nous ne retournerons pas si loin. Terre natale du peuple Dayak, reconnu comme étant des chasseurs de têtes, le Sarawak est devenu la province méridionale du sultanat de Brunei à la suite de la disparition de l'empire Majapahit de Java au XVᵉ siècle. Au début des années 1800, la région était dirigée par un sultan qui devait faire face aux pirates et à d'autres révoltes sur ses vastes terres. Les Britanniques s'occupaient quelque peu du commerce dans la région, mais ne s'intéressaient pas beaucoup aux pirates qui ne représentaient qu'un faible danger pour les navires de guerre. 

L'aventure commence en 1839 par un jeune Anglais, James Brooke, à qui son père a légué de l'argent qu’il utilise pour équiper un voilier et partir vers des terres inexplorées. James Brooke, ancien officier militaire de la Compagnie des Indes orientales, visite le territoire de Bornéo en 1839 et aide le sultan à réprimer une révolte. En 1841, le sultanat de Brunei (Raja Muda Hassim) lui attribue le royaume de Sarawak pour le récompenser d'avoir contribué à réprimer l'insurrection et la piraterie. Il fut installé comme Rajah du Sarawak à Kuching le 18 septembre 1842. En outre, Brooke a été gouverneur de l'île de Labuan qu'il a présentée au gouvernement britannique en 1846.

Dans un autre article, je t’avais déjà présenté l’histoire de Marie 1ᵉʳ, roi des Sedangs. De nombreux aventuriers et découvreurs européens ont essayé de se créer des royaumes dans les jungles de l’Asie du Sud-Est, mais rares sont ceux qui y sont parvenus.

Sous le règne de James Brooke, la frontière du Sarawak a continué à s'étendre de la rivière Sadong à Tanjong Kidurong jusqu'à ce que son neveu, Charles Brooke, lui succède en 1867. James Brooke est mort en Angleterre en 1868.

D'accord, mais quel est le lien avec les timbres? Aucun n'avait encore été émis. Le courrier était envoyé par bateau jusqu'à Singapour, ensuite acheminé jusqu'en Inde, et enfin jusqu'à sa destination finale. En 1860, Brooke engage un jeune capitaine - John Hewat, un Écossais - pour naviguer jusqu'à Kuching afin de combattre les pirates, aider la population locale, développer le commerce et, bien sûr, acheminer le courrier vers Singapour. Quelques années plus tard, les premiers timbres du Sarawak ont été émis et utilisés.²

Le premier timbre du Sarawak a été émis en 1869, c’était le portrait de James Brooke avec une valeur de trois cents. Quoiqu’il ait appuyé l’émission du premier timbre à son effigie, James Brooke décède avant l’émission du timbre. 

Sarawak (1869) – Premier timbre du Sarawak

Un nouveau timbre fut donc nécessaire et celui-ci était d'un modèle similaire, mais avec la tête de Sir Charles Brooke, le second rajah (1868-1917). Une série de timbres avec le buste de Charles Brooke fut émise entre 1871 et 1875.

Sarawak (1871-1875)

Sarawak (1895) – Charles Brooke

Le royaume de Sarawak devient un protectorat britannique en 1888, tout comme Brunei. Le nord de Bornéo était déjà un protectorat britannique depuis 1882.

Sir Johnson Charles Brooke a également été nommé « Grand Maître et Chevalier Grand-Croix de Saint-Michel et Saint-Georges » en 1888 par les Britanniques. Sous Charles Brooke, qui a régné de 1868 à sa mort en 1917, le territoire du Sarawak a été étendu pour inclure Baram (1881), Limbang (1890) et Lawas (1905), jusqu'à ses frontières actuelles. À cette époque, l'appareil gouvernemental a été formalisé par des lois, et des efforts ont été déployés en faveur du développement économique en utilisant les technologies occidentales.

Le Rajah Charles a mis en place un système d'administration publique et a construit un réseau stratégique de forteresses, dont le Fort Margherita. C'est sous son règne qu'ont eu lieu la migration massive des Chinois, le développement des plantations d'hévéas, la prospection pétrolière à Miri, la création du musée du Sarawak, des célèbres Sarawak Rangers et de la police du Sarawak.

À sa mort en 1917, son deuxième fils, Charles Vyner Brooke, devient le troisième (et dernier) Rajah blanc le 24 mai 1917. Le fils aîné, Betram Brooke, avait auparavant décliné l'offre de régner. Vyner Brooke élabore une nouvelle constitution qui met fin au pouvoir absolu du Rajah en 1941.

Vyner apparaît sur les timbres du Sarawak de 1918 à 1947. Au grand déplaisir de la Couronne britannique, il est le rajah rassembleur, car il avait tendance à se ranger du côté des indigènes et de la tradition indigène Dayak (bien que la chasse aux têtes ait été interdite), et les missionnaires chrétiens ont été bannis. Vyner a été nommé chevalier en 1927. 

Sarawak (1918) – Charles Vyner Brooke

Sarawak (1932) – Charles Vyner Brooke

Sarawak (1934) – Charles Vyner Brooke

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Japon envahit et occupe le Sarawak (et l'île de Bornéo, y compris la partie néerlandaise des Indes orientales - Indonésie) de 1941 à 1945, jusqu'à sa libération par les Australiens. Vyner et sa famille passent la période de guerre à Sydney, en Australie. Les forces japonaises d'occupation ont produit des timbres pour le Sarawak et les colonies environnantes; les timbres de 1934 ont été simplement surimprimés par les Japonais.

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Sarawak (1942) – Occupation japonaise

Le 1ᵉʳ juillet 1946, Vyner cède le Sarawak aux Britanniques en tant que colonie de la Couronne, mettant ainsi fin à la monarchie des Rajahs blancs.

Au cours du siècle de la monarchie des Brooke, l'autorité de ces derniers était constamment contestée par les chefs indigènes locaux, notamment Sharip Sahap, Sharip Masahor, Rentap, Bantin ainsi que par les chercheurs d'or Hakka de Bau. Cependant, les Brooke ont réussi à contenir tous les soulèvements.

Une série de quatre timbres de 1946 célébrant les 100 ans de règne des « Rajahs blancs » entre 1841 et 1941 s'est avérée être les derniers timbres émis avant que le royaume de Sarawak ne devienne une colonie de la Couronne le 1er juillet 1946.

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Sarawak – 1946 – Timbre d’une série de quatre célébrant le centenaire de la dynastie des Rajahs blancs

Deux thèmes concernant l'ensemble de l'empire ont suivi. En 1948, l'émission de timbres de 8 cents et de 5 dollars commémore les noces d'argent du roi George VI et d'Elizabeth, la future reine mère. En 1949, le 75ᵉ anniversaire de l'Union postale universelle est marqué par une émission de quatre timbres de 8, 15, 25 et 50 cents. 

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Sarawak (1948) – Noces d’argent du roi George VI et d’Élizabeth

Sarawak (1949) – 75e anniversaire de l’Union postale universelle

Une très belle émission de vingt et un timbres « George VI » a été produite entre 1950 et 1952, à l'époque des colonies de la Couronne. Ils représentent des animaux, des plantes locales ou des activités autochtones.

 

Sarawak (1953) – Couronnement de la reine Élizabeth II

Une série de timbres semblables à ceux émis avec la tête de George VI ont été émis en 1955 avec la tête de la reine Élizabeth.

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Sarawak (1955) 

Le Sarawak devient indépendant en 1963 et, peu après, se joint à la fédération de Malaisie.

Toutefois le nom de Sarawak apparaît toujours de temps à autre sur des séries de timbres courants de ce pays.

 

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Malaisie (1976) – Timbres d’usage courant

Cette brève excursion dans ma collection et l'histoire de la monarchie de Sarawak qui l'a inspirée illustrent le fait que l'intérêt philatélique peut provenir de n'importe quelle direction. 

Ces timbres du Sarawak sont facilement disponibles pour susciter l'intérêt, mais ils ne sont pas si courants que leur collection ne présente aucun défi. En fait, quelques timbres sont extrêmement rares et donc chers et difficiles à trouver. Une collection complète des timbres du Sarawak compte 202 timbres. Ma collection sur le Sarawak n'est pas complète et ne le sera probablement jamais. 

Allez, on se retrouve le mois prochain pour d’autres aventures philatéliques! Bonne continuation!

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Hommage aux grands du blues

Bonjour à toi ô jeune ami·e philatéliste!

Je ne sais plus si je t’ai déjà raconté que j’anime chaque semaine une émission de radio axée sur le blues. Dans le cadre de cette émission hebdomadaire, j’essaie d'inculquer un goût pour cette musique sans trop aller en profondeur. C’est un style de musique qui m’a toujours fasciné non seulement à cause de l’historique qui l’accompagne, mais aussi par sa grande diversité de genres.

Puisque c’est toujours un plaisir pour moi d’allier mes passions, je te propose ce mois-ci, par l’entremise des timbres, de découvrir certains des artistes qui ont façonné le blues. De plus, quoique je sois un peu en retard, il y a un lien avec les célébrations du Mois des Noirs.

Un petit cours d'histoire s'impose. De nombreux Afro-Américains souhaitaient s'éloigner des formes musicales telles que les spirituals, identifiées à l'époque de l'esclavage, tout en voulant aussi des styles musicaux qui leur soient propres. Le blues est né dans les communautés afro-américaines opprimées et économiquement défavorisées des États du sud des États-Unis dans les années qui ont suivi la guerre civile américaine (1861-1865). Il s'agissait généralement d'un chanteur accompagné d'une guitare et caractérisé par des notes « tordues » ou « bleues », qui n'appartiennent pas à la gamme standard. Ces notes avaient probablement des origines plus anciennes, puisqu'on les retrouve dans les chants de travail des Afro-Américains vivant en milieu rural, mais aussi en Afrique occidentale. 
   
La plupart des musiciens de blues les plus connus sont originaires des États du sud et certains affirment que le delta du Mississippi serait le berceau du blues. Cette région avait une concentration de Noirs plus importante que n'importe quelle autre partie du pays, et une économie basée principalement sur la culture du coton, ce qui signifie que c'était aussi une région où la ségrégation et l'isolement social des Noirs en raison du manque d'opportunités économiques étaient profondément enracinés.

Les sources musicales du blues comprenaient des chants religieux, plus généralement appelés spirituals. L'Église est souvent devenue un centre d'intérêt dans les communautés rurales pauvres. Les Noirs pouvaient accéder à un certain niveau d'éducation dans les écoles confessionnelles et acquérir un statut de dirigeant au sein de l'église. 

Les chants de travail et les chants de campagne de l'époque de l'esclavage, ainsi que les ballades et les danses des spectacles de type music-hall, constituent d'autres sources importantes de chansons de blues. Le fait de se réunir pour écouter de la musique et danser a permis de créer des communautés dotées d'un fort sentiment d'identité en particulier par le biais de la chanson. La musique permettait d'exprimer toutes les émotions possibles, des joies partagées au désespoir collectif. Elle cimentait la communauté tout en étant, pour ceux qui avaient du talent, un moyen de gagner leur vie.¹

On ne saurait trop insister sur l'importance des musiciens noirs pour la musique américaine et mondiale. Par la voie des timbres, j’aimerais te faire découvrir certains des grands noms du blues.

Robert Johnson, un des pères du blues, né le 8 mai 1911 à Hazlehurst, Mississippi, et mort le 16 août 1938 à Greenwood, Mississippi, était un chanteur et compositeur de blues.

Malgré sa courte vie et ses enregistrements limités (il n'a enregistré que 29 chansons avant de mourir à l'âge de 27 ans), Robert Johnson a eu un impact considérable sur le blues. Il est surtout connu pour son style de guitare blues unique qui a influencé ses contemporains dans les années 1930, ainsi que les artistes de blues modernes et même les guitaristes de rock. La légende veut que Johnson ait amené sa guitare au carrefour des autoroutes 49 et 61 à Clarksdale, dans le Mississippi, où le diable aurait réaccordé son instrument en échange de son âme. Johnson est membre du Blues Hall of Fame et du Rock and Roll Hall of Fame. 
 

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États-Unis – Robert Johnson (1994)

Figurant parmi les musiciens noirs les plus importants, Muddy Waters était aussi un chanteur de blues, auteur-compositeur et guitariste. Il se retrouve parmi les figures de proue de la scène blues de l'après-Seconde Guerre mondiale. Son blues électrique et son jeu de guitare ont exercé une grande influence sur d'autres musiciens de blues et sur les origines du rock and roll.

Le lieu et la date de naissance de Muddy Waters sont inconnus. Son nom de naissance est McKinley Morganfield et il serait né entre 1913 et 1915, peut-être à Rolling Fork, dans le Mississippi, ou à Jug's Corner. Il apprend la guitare à l'âge de dix-sept ans. 

Muddy Waters est l'une des grandes figures du blues électrique, un blues basé sur l'amplification électrique des instruments. C'est à lui que l'on doit le développement du style Chicago Blues, porté par ses solos de guitare agressifs. Waters était particulièrement connu pour son jeu de slide, créant un son qui influencera plus tard les musiciens de blues et de rock and roll. 

L'influence de Waters sur la musique est insondable. Les paroles d'une chanson de 1950 ont été reprises par un groupe de rock britannique pour devenir leur nom : les Rolling Stones. Eric Clapton était un admirateur de Waters et son groupe Cream a repris Rollin' and Tumblin'. D'autres chansons ont été reprises ou ont inspiré des chansons à Bob Dylan, Led Zeppelin, aux Allman Brothers et bien d'autres.

Muddy Waters a remporté six Grammy Awards. Quatre de ses chansons : Rollin' Stone, Hoochie Coochi Man, Mannish Boy et Got My Mojo Working figurent sur la liste des chansons les plus influentes du Rock and Roll Hall of Fame. Il a également été intronisé au Blues Foundation Hall of Fame (1980), au Rock and Roll Hall of Fame (1987) et a reçu le Grammy Lifetime Achievement Award (1992). Il nous a quitté en 1983.²

États-Unis – Muddy Waters (1994)

W. C. Handy est connu comme étant le « père du blues ». Il estimait que la musique des pauvres Afro-Américains vivant dans le delta du Mississippi valait la peine d'être écrite et arrangée dans des versions correctement harmonisées. Au début des années 1900, il a créé son propre groupe à Memphis et a écrit des chansons telles que Memphis Blues, Beale Street Blues et le mondialement célèbre St. Louis Blues.

États-Unis – W. C. Handy (1969)

Salome Bey, née en 1933 à Newark, dans le New Jersey, a commencé sa carrière musicale dans les années 1950 en effectuant des tournées en Amérique du Nord et en Europe avec son frère et sa sœur sous le nom d'Andy Bey and the Bey Sisters. Au début des années 1960, après avoir rencontré son futur mari, Howard Matthews, à Toronto, elle s'est installée au Canada et a poursuivi sa carrière en solo.

 

Le couple est devenu une figure de proue de la communauté artistique noire, accueillant des artistes locaux et des artistes en tournée dans leur maison, qui était toujours remplie de musique. C'est ici, au Canada, que Bey s'épanouit sur le plan créatif. Elle commence à écrire des chansons, à tester de nouvelles limites et à évoluer constamment en tant qu'artiste. Salome Bey est décédée le 8 août 2020 à Toronto.

Canada – Salome Bey (2022)

B. B. King est né Riley B. King le 16 septembre 1925 sur une plantation de coton à Berclair, dans le Mississippi. Connu comme le « roi du blues » et l'un des « Three Kings » (avec Albert King et Freddie King), il peaufine un style de guitare fluide et sophistiqué, empruntant à des artistes tels que Blind Lemon Jefferson et T-Bone Walker. Au cours d'une carrière de plus de 60 ans, B. B. King enregistre 43 albums studio et, jusqu’à l’âge de 70 ans, présente de 250 à 300 concerts par an. Il a remporté 16 Grammy Awards, a été intronisé au Blues Hall of Fame dans la première classe d'intronisés en 1980 et a été intronisé au Rock and Roll Hall of Fame en 1987. Connu pour sa guitare Gibson ES-355, « Lucille », King est largement considéré comme l'un des guitaristes de blues les plus influents de tous les temps. Il figure également en sixième position sur la liste des 100 plus grands guitaristes de tous les temps établie par le magazine Rolling Stone.³ Il nous quitte en 2015 lors d’un spectacle à Las Vegas. Il demeure le « maire » de B. B. King’s Bluesville sur la chaîne satellite Sirius XM.

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Togo – B. B. King (2020)

Le 18 septembre 1970, James Marshall « Jimi » Hendrix, possiblement le plus grand joueur de guitare électrique de tous les temps, meurt d'asphyxie, à l'âge de 27 ans, à Londres, Angleterre. Né Johnny Allen Hendrix à Seattle, Washington, le 27 novembre 1942, il commence à jouer de la guitare à l'âge de 15 ans. Après un bref passage dans l'armée, Hendrix commence à jouer avec les Isley Brothers et Little Richard. Il joue au Monterey Pop Festival en 1967 et a été la tête d'affiche du festival Woodstock en 1969. Jimi Hendrix a contribué à développer la technique du feedback des amplificateurs de guitare et a aidé à populariser l'utilisation d'une pédale wah-wah dans le rock. Il a lui-même été influencé par des artistes tels que Chuck Berry, Muddy Waters, Elmore James, B. B. King, Howlin' Wolf et Bob Dylan, et son influence a été reconnue par Eric Clapton, Stevie Ray Vaughan, Jeff Beck, Jimmy Page, pour n'en citer que quelques-uns. Classé premier sur la liste des 100 plus grands guitaristes de tous les temps établie par le magazine Rolling Stone, Hendrix a enregistré trois albums avec The Jimi Hendrix Experience et un avec Band of Gypsies de son vivant. Son père ayant obtenu les droits sur la musique de son fils, douze albums ont été publiés par la suite à titre posthume.

Antigua-et-Barbuda – Jimi Hendrix (2016)

Baignant dans le jazz, Billie Holiday (née Eleanora Fagan Gough) a grandi dans le Baltimore des années 1920. Au début de son adolescence, elle a passé la première partie de son « apprentissage » à chanter en écoutant les disques de Bessie Smith et de Louis Armstrong. En 1929, Sadie Fagan, la mère de Billie, déménage à New York à la recherche d'un meilleur emploi. La jeune Eleanora la rejoint bientôt et commence à se présenter dans les clubs de jazz pour passer des auditions et chanter avec les pianistes résidents. Elle fait ses débuts dans d'obscures boîtes de nuit de Harlem, partageant la scène avec d'autres danseurs et comédiens à l'affiche. C'est à cette époque qu'elle emprunte son nom professionnel Billie Holiday à l'actrice Billie Dove. Bien qu'elle n'ait jamais reçu de formation technique et qu'elle n'ait jamais appris à lire la musique, Billie Holiday est rapidement devenue une participante active de ce qui était alors la scène de jazz la plus dynamique du pays, alors que la Renaissance de Harlem passait à l'ère du swing.

 

Billie Holiday, décédée à l'âge de 44 ans, est enterrée au cimetière Saint-Raymond dans le comté du Bronx, à New York. Sa musique et sa vie continuent d'inspirer des hommages. Qu'il s'agisse de Nina Simone reprenant Strange Fruit, de Diana Ross interprétant Lady Day dans le film Lady Sings the Blues, du groupe U2 écrivant leur tube Angel Of Harlem en son hommage, du prix « Song Of The Century » décerné par Time Magazine, de dizaines de biographies et d'une douzaine de Grammy Awards, sa voix émotive, sa technique innovante et ses chansons touchantes resteront à jamais la marque du génie.⁴

 

Bénin – Billie Holiday (2003)

L’univers de la musique serait bien différent aujourd'hui s’il n’y avait jamais eu de Louis Armstrong. L'homme, aussi connu sous le nom de Satchmo, a mis le soliste au centre du jazz et a fait de la musique un art. Il a développé le langage rythmique du swing et en a fait le fondement du jazz et de la musique populaire. Il a inspiré une nouvelle approche du chant.

L'immense impact qu'Armstrong a eu non seulement sur la musique américaine, mais aussi sur la musique du monde entier, est d'autant plus étonnant si l'on considère ses origines. Il est né le 4 août 1901 à La Nouvelle-Orléans, dans une grande pauvreté, dans un quartier rongé par la criminalité. Malgré cela, les réalisations de Louis Armstrong sont remarquables. Au cours de sa carrière, il a développé une façon de jouer du jazz, en tant que musicien et chanteur, qui a eu un impact sur tous les musiciens qui ont suivi. Il a enregistré des chansons à succès pendant cinq décennies, et sa musique est encore entendue aujourd'hui à la télévision, à la radio et dans les films.

La popularité de Louis Armstrong était telle que les belligérants de la République démocratique du Congo, en Afrique centrale, ont temporairement cessé le combat en 1960 pour assister à un concert d'Armstrong. Il a donné en moyenne 300 concerts par an et ses fréquentes tournées dans le monde entier lui ont valu le surnom d'« ambassadeur Satch », devenant ainsi l'une des premières grandes célébrités du vingtième siècle.

Au fil des ans, Louis a diverti des millions de personnes, des chefs d'État et des membres de la famille royale aux enfants qui vivaient dans son quartier. Malgré sa célébrité, il est resté un homme humble et a vécu une vie simple dans un quartier populaire. Aujourd'hui encore, tout le monde aime Louis Armstrong, et la simple évocation de son nom fait sourire.⁵

 

Et voilà… j’espère que tu auras apprécié cette humble visite dans le monde des grands du blues. Je réalise que je n’ai qu’égratigné la surface de ce style de musique… Peut-être que je pourrais te présenter quelques autres artistes lors d’un autre article…
 

On se retrouve le mois prochain! Bonne continuation!
 

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Les timbres et les poissons

Bonjour à toi ô jeune philatéliste!

Ce mois-ci, je dois t’admettre que je suis légèrement en retard en ce qui concerne la rédaction de mon article… Ce ne sont pas les sujets philatéliques qui manquent, mais plutôt le temps de les mettre sur papier.

Ce mois-ci, je te propose un sujet qui m’a été suggéré par l’éditrice du Nénuphar… les poissons! Le mois d’avril démarre toujours un peu en queue de poisson avec la tradition du poisson d’avril.

Le poisson d'avril, qui a lieu le 1ᵉʳ avril de chaque année, est célébré depuis plusieurs siècles par différentes cultures, bien que ses origines exactes demeurent mystérieuses. La tradition du poisson d'avril consiste à faire des blagues ou des farces à d'autres personnes, souvent en criant « Poisson d'avril! » pour donner un indice sur la véracité du poisson d'avril. Bien que son histoire exacte soit entourée de mystère, l'adoption des blagues du poisson d'avril par les médias, entre autres, a assuré la longévité de cette fête non officielle.

Certains historiens pensent que le poisson d'avril remonte à 1582, lorsque la France est passée du calendrier julien au calendrier grégorien, comme l'avait demandé le concile de Trente en 1563. Dans le calendrier julien, comme dans le calendrier hindou, la nouvelle année commençait à l'équinoxe de printemps, vers le 1er avril.

Les personnes qui ont tardé à apprendre la nouvelle ou qui n'ont pas compris que le début de la nouvelle année avait été déplacé au 1er janvier et qui ont continué à la célébrer pendant la dernière semaine de mars jusqu'au 1ᵉʳ avril sont devenues la cible de plaisanteries et ont été appelées les « poissons d'avril ». Ces farces consistaient notamment à se faire placer des poissons en papier sur le dos et à se faire appeler « poisson d'avril », symbole d'un jeune poisson facile à attraper et d'une personne crédule.

Au fil des ans, les gens se sont donné beaucoup de mal pour créer des blagues élaborées à l'occasion du poisson d'avril. Les journaux, les stations de radio et de télévision ainsi que de nombreux sites Web ont participé à cette tradition du 1ᵉʳ avril en rapportant des affirmations fictives scandaleuses qui ont trompé leur public.

En 1957, la BBC a rapporté que des agriculteurs suisses profitaient d’une récolte record de spaghettis en partageant des images de personnes récoltant des nouilles sur des arbres. En 1985, George Plimpton, rédacteur de la revue Sports Illustrated, a trompé de nombreux lecteurs en publiant un article inventé de toutes pièces à propos d'un nouveau lanceur nommé Sidd Finch qui pouvait lancer une balle rapide à plus de 270 km/h.

En 1992, la National Public Radio a diffusé un message publicitaire dans lequel l'ancien président Richard Nixon déclarait qu'il se présentait à nouveau à l'élection présidentielle..., mais il s'agissait d'un acteur, et non de Nixon, et la séquence n'était qu'un poisson d'avril qui a pris tout le pays par surprise.

En 1996, la chaîne de restauration rapide Taco Bell a dupé le public en annonçant qu'elle avait accepté d'acheter la Liberty Bell située à Philadelphie et qu'elle avait l'intention de la rebaptiser Taco Liberty Bell. En 1998, après que Burger King a annoncé un sandwich Whopper pour les gauchers, des dizaines de clients désemparés n’ont pas tardé à demander le faux sandwich. Google est notoirement l'hôte d'un poisson d'avril annuel qui a donné lieu à toutes sortes de farces, de la « recherche télépathique » à la possibilité de jouer à Pac-Man sur Google Maps.

Pour l'amateur de farces et attrapes, il y a toujours le classique poisson d'avril qui consiste à recouvrir les toilettes d'un film plastique ou à remplacer le contenu d'un récipient de sucre par du sel et vice versa. 

Et voilà pour l’historique du « poisson d’avril »!

Revenons-en à nos timbres…

Les timbres, dont la raison d’être principale était d'attester du paiement d'un droit d'affranchissement, ont très tôt été utilisés à d'autres fins, notamment pour permettre aux pays émetteurs de s'affirmer par la diffusion de leur art, de leur histoire ou de leurs ressources naturelles, par exemple.

Les poissons étant des ressources naturelles importantes dans de nombreux pays, il était inévitable qu'ils finissent par se retrouver sur des timbres. En effet, un timbre (non postal) représentant une morue a été émis en 1755 dans la colonie du Massachusetts, tandis que le premier véritable timbre (gommé) représentant un poisson (encore une fois une morue) a été émis en 1865 à Terre-Neuve. De nos jours, il existe tellement de timbres colorés représentant des poissons que, pour certains pays au moins, des livres entiers peuvent être illustrés par ces timbres. De nombreux philatélistes collectionnent les timbres représentant la vie marine, les écrevisses, les créatures des profondeurs, les poissons tropicaux, les poissons-anges, les blennies, les coquillages et bien d'autres choses encore. C’est tout un monde qui rivalise avec les documentaires du grand Jacques Cousteau pour le nombre de découvertes aquatiques.

Un timbre particulièrement intéressant en est un émis en 1951 afin de mettre en valeur la grande richesse du Canada en matière de pêche. Ce timbre est intéressant pour plusieurs raisons. Quoique ce ne soit pas toujours le cas, l’année d’émission d’un timbre est souvent indiquée sur le timbre. Pour ce timbre, avec ta loupe, tu ne devrais pas avoir trop de difficulté à apercevoir la date cachée qui se trouve sous le bras du pêcheur. 

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Canada (1951)

Ce timbre est superbe pour ses nombreux détails. Le Canada dispose d'un accès facile à des zones de pêche qui sont les plus vastes du monde. Ses eaux, tant côtières qu'intérieures, produisent chaque année une énorme quantité de poissons de haute qualité dont l'importance économique ne cesse de croître. Les produits de la pêche représentés dans la bordure du timbre, dans le sens des aiguilles d'une montre, à partir du phoque de Pribilof en bas, au centre, sont les suivants : palourde, thon, flétan, hareng, maquereau, morue, crevette, pétoncle, homard, saumon de l'Atlantique, saumon rouge, truite de lac, corégone, aiglefin et huître. De quoi tenir un apprenti ichtyologiste (spécialiste des poissons) occupé…

 

États-Unis (1986)

Cette série de cinq timbres émise en 1986 représente cinq poissons communs des eaux américaines. Le cabillaud de l'Atlantique et le thon rouge sont principalement pêchés à des fins commerciales. Le maskinongé, l'achigan à grande bouche et le poisson-chat sont des espèces d'eau douce très prisées pour la pêche sportive. Peut-être es-tu aussi un amateur de pêche?

 

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Canada (1997)

Le grand requin blanc, le thon rouge, le flétan du Pacifique et l'esturgeon de l'Atlantique ont fait leur apparition sur des timbres canadiens dans une série sur les poissons d'eau de mer émise en 1997.

 

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Grande-Bretagne (2014)

En 2014, la Royal Mail (Poste britannique) a souligné la Journée mondiale de l'environnement en lançant sa toute première série de timbres sur les espèces de poissons menacées afin de promouvoir la pêche durable dans les eaux britanniques. Cette série de 10 timbres met en valeur la beauté des poissons de mer et encourage les gens à manger du poisson durable. Les poissons en voie d'extinctionreprésentés sont : la raie commune, l'aiguillat commun, l'esturgeon et le congre. Les poissons durables sont : le grondin, le hareng, la sardine et le flétan.

 

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Saint-Pierre-et-Miquelon (1972)

Polynésie française (2019) 

Certains scientifiques estiment que nous n’avons exploré que 10 % des profondeurs des océans et que dans ce 10 %, nous avons identifié environ 32 000 espèces de poissons… C’est pour dire qu’il y aurait encore de belles découvertes à faire comme l’indique ce feuillet de la Polynésie française émis en 2019.

 

Tuvalu (1979)

Ces timbres de Tuvalu émis en 1979 font partie d'une série de 18 timbres représentant des poissons. Une surtaxe et une valeur supplémentaire ont suivi plus tard. Il y a eu plusieurs réimpressions, ce qui veut dire que certains timbres existent en différentes teintes.

Ouf! Je dois m’arrêter ici pour cette fois. Je pourrais continuer à te parler des timbres sur les poissons pendant des semaines vu le nombre toujours grandissant de ces timbres…

Comme moi, je suppose que tu comprends l’engouement du regretté Jacques Cousteau pour toutes les créatures vivant sous les vagues.

J’espère que tu as apprécié le petit résumé historique sur le poisson d’avril… J’ose espérer que tu ne t’es pas fait avoir le 1ᵉʳ avril!

On se retrouve le mois prochain, bonne continuation!

 

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