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Il existe des mots tellement précis qu’on imagine difficilement avoir un jour besoin de les utiliser. Ce sont des mots qui décrivent une situation, une condition ou un comportement très particuliers. Ces termes peuvent enrichir des textes ou des discussions qui nécessitent une précision et une rareté langagière ou ajouter un certain niveau de sophistication à toute conversation. Les reconnaîtrez-vous?
 

TABLE DES MATIÈRES

Nous serons parcimonieux et ne vous offrirons qu'un ou deux mots chaque mois pour vous permettre de les « digérer ».

Ultracrépidarianisme

Ultracrépidarianisme

Ce mot à l’apparence rébarbative désigne pourtant le comportement de bon nombre d’internautes sur les réseaux sociaux. En effet, selon Antidote, il s’agit du « Comportement d’une personne qui s’exprime ou donne son avis sur un sujet qui sort de son domaine de compétence. »

Malheureusement, ce comportement n’est pas cantonné aux réseaux sociaux… on le retrouve aussi beaucoup sur les tribunes politiques. 

Il est issu de l’expression latine sutor, ne supra crepidam signifiant « cordonnier, pas plus haut que la chaussure ». Je crois qu’on peut aisément associer ceci à l’expression « parler à tort et à travers ». 😉

Superfétatoire

Pourquoi utiliserait-on superfétatoire au lieu de superflu (en plus d’avoir l’air pédant)? 

Bien, il y a une nuance très subtile entre les deux. Il faut savoir que ce qui est superfétatoire est nécessairement superflu, mais l’inverse, non. Superflu désigne ce qui n’est pas nécessaire et superfétatoire ce qui s’ajoute inutilement à une autre chose. Dans superfétatoire se trouve la notion d’excès. Donc, on pourrait dire que quelque chose de superflu est de trop, mais que quelque chose de superfétatoire est excessif. 

Le meilleur exemple d’utilisation de l’adjectif superfétatoire vient de son origine qui désigne un cas très rare : lorsque la naissance d’un second enfant après le premier a lieu dans un écart de temps qui dénote une superfécondation ou… superfétation. Eh oui, une situation rarissime.

Ça semble un peu redondant tout ça, n’est-ce pas?

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Vous aurez remarqué que nous nous efforçons de vous offrir des mots rares et peu connus. Au cours de notre recherche, nous avons rencontré des termes comme galimatias, sérendipité, velléitaire et idiosyncrasie qui se trouvent assez bien placés dans la gamme des mots peu utilisés, même dans un registre de langue soutenu. Mais pour cette chronique, nous tentons d’aller un peu plus loin… 

Boustrophédon

 

On peut établir une certaine comparaison entre le boustrophédon, soit l’écriture archaïque du grec et de l’étrusque dont les lignes se lisaient en alternance de gauche à droite et de droite à gauche et le tategaki, la manière traditionnelle d’écrire des Japonais, verticalement et de droite à gauche. En effet, ces deux façons ont été développées pour correspondre aux matériaux utilisés pour l’écriture à une certaine époque.

 

L’orientation du tategaki, influencé par l’écriture chinoise classique, correspondait à la disposition des rouleaux et des pinceaux, les outils d’écriture anciens. Le boustrophédon, évoquant le mouvement d’un bœuf labourant un champ, qui va et vient en zigzag, était particulièrement adapté à la pierre ou aux tablettes de cire, car il évitait les manipulations répétées du support pour revenir au début d’une ligne. Il y avait là économie de temps, d’espace et d’énergie.

 

Si le boustrophédon a disparu avec l’évolution des matériaux d’écriture, il reste un fascinant témoignage des débuts de l’écriture. Du côté japonais, alors que les formats modernes comme les sites Web, les SMS et les courriels favorisent généralement le yokogaki (écriture horizontale de gauche à droite) en raison de l'influence occidentale, le tategaki reste courant dans les romans, la poésie, et certains journaux pour conserver un style esthétique et culturel.

Exemple de boustrophédon :

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Source : Wikimedia

Exemple de tategaki :

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Source : Wikipédia

Thanatophobie

La peur de la mort est tout à fait naturelle chez les êtres vivants, étant liée à l’instinct de survie. Mais lorsqu’elle devient excessive, voire morbide, elle peut entraîner des effets délétères. On peut développer une thanatophobie (phobie de la mort) à la suite d’événements traumatisants comme la perte d’un proche, une maladie grave ou une expérience de mort imminente. Ces événements peuvent déclencher une anxiété profonde liée à la mortalité et nous confronter directement à la fragilité de la vie.

Ironiquement, la thanatophobie peut contribuer à accélérer la mort, car, en tant que trouble anxieux, elle a des répercussions physiques et mentales qui peuvent nuire à la santé. En effet, l’anxiété chronique a des effets sur le système cardiovasculaire susceptibles d’entraîner de l’hypertension artérielle, un risque accru de maladies cardiaques, des palpitations… Par le fait même, le stress prolongé diminue l’efficacité du système immunitaire, augmentant ainsi le risque d’infections ou d’autres maladies.

Il est donc évident que la gestion de cette phobie est essentielle pour préserver la qualité et la durée de vie.
 

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Nos deux choix de ce mois, gracieusement fournis par une avide lectrice du Nénuphar, sont des mots liés à des activités ayant lieu dans la chambre à coucher. Non, non, pas besoin de vous fermer les yeux, ce sont des activités tout à fait convenables.

Jubjoter

 

Jubjoter est un néologisme qui signifie « émerger d’un rêve sans en connaître la fin et tenter de se rendormir dans l'espoir de le poursuivre ». Ce mot peut devenir un symbole : celui de l’effort pour comprendre ou compléter ce qui est laissé en suspens. C’est une belle métaphore pour les situations dans lesquelles nous cherchons des réponses ou des conclusions, que ce soit dans nos rêves ou dans la réalité.

 

Il est fort probable que jubjoter se produise essentiellement en état hypnopompique, le demi-sommeil précédant le réveil, plutôt qu’en état hypnagogique, qui lui, a lieu durant la première phase du sommeil.

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Librocubiculariste

Le mot librocubiculariste est un terme récent, considéré comme un mot-valise humoristique. Bien qu'il ne figure pas dans les dictionnaires traditionnels, il est de plus en plus utilisé pour décrire une pratique courante avec une touche d'élégance linguistique.

Ce terme serait tiré du jeu « Quelques arpents de pièges »; formé sans doute pour les besoins du jeu d'après les mots latins liber qui signifie « livre » et cubicularis qui signifie « relatif à la chambre à coucher ». Le suffixe -iste signifie « partisan, adepte de (ce qu'exprime la base) » et désigne donc une personne qui lit des livres dans son lit. 

Si l'on voulait créer un pendant pour une personne qui consulte les réseaux sociaux dans la même situation, on aurait sociocubiculariste.
 

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Blézimarder

 

Il paraît que Vasco de Gama, oui, nul autre que le grand navigateur portugais houspillait les membres de son équipage en les traitant de blezimardeur. Marder, est suffisamment près de merder pour que l’on comprenne qu’ils avaient échoué dans leur tâche, mais c’est le blezi qui rend l’attribut insultant puisqu’il servait à traiter quelqu’un d’insignifiant ou manquant de jugement.

Puis, est venu blésinarder signifiant, dans le monde du théâtre, jouer sans précision, en flanc-mou, quoi. Il a changé de sens en même temps que d’orthographe et blézimarder est devenu une technique utilisée en théâtre pour rattraper du temps perdu lorsqu’une partie de la pièce ou l’entracte a pris plus de temps que prévu. Il s’agit de se couper mutuellement les répliques, autrement dit, se couper la parole. Cela va sans dire que ce genre de jeu rend la pièce assez inintelligible, merci.

Basorexie

Du latin basium, « baiser » et rexis, « désir », la basorexie est le désir incontrôlable d’embrasser quelqu’un. Cette envie irrépressible peut certainement représenter un problème si l’objet de notre désir n’a pas la même envie ou pire, souffre de philematophobie, la peur des baisers. Dans tous les cas, on le sait, lorsqu’un sentiment est si fort qu’il frise la morbidité, rien de bon ne peut en résulter. 

Quoique, s’il est une bonne façon de couper la parole à quelqu’un, c’est bien de laisser libre cours à sa basorexie…
 

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Bruxomanie

 

La bruxomanie (ou bruxisme) consiste en des mouvements répétés et inconscients de friction des dents, se manifestant essentiellement la nuit, par des grincements ou des claquements. Bruxo vient du grec brugmos qui signifie « grincement de dents ». 

Le bruxisme est habituellement lié à un état de tension émotionnelle ou de stress. Comme il peut entraîner une usure importante des dents, et même occasionner une fatigue musculaire à la mâchoire et à la nuque, les dentistes prescrivent souvent le port d’une prothèse de protection durant la nuit. On appelle cette prothèse une gouttière.

Cacographe

 

Au lieu de dire à une personne qu’elle écrit mal, on peut la traiter de cacographe. Le grec ancien caco signifiant mauvais et gráphos, écrit. À la fin du XXᵉ siècle, le terme cacographie a aussi désigné en France un jeu de mots consistant à écrire une phrase dans laquelle chaque mot doit être mal orthographié, de la manière la plus amusante possible.

En plus du jeu, la cacographie a son utilité : dans le domaine pédagogique, la notion de cacographie renvoie à l'utilisation de textes dans lesquels des fautes d'orthographe ont été délibérément introduites afin d'entraîner les élèves à les détecter et les corriger.
 

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Pantophilie

 

Dérivé du grec ancien, pãn signifiant « tout » et philie « amour », le terme pantophilie désigne celui qui aime tout, dans le sens de s'intéresser à tout ou à une grande variété de choses. Voltaire surnommait Diderot de pantophile, car ce dernier faisait preuve d’une grande curiosité intellectuelle. 


Maintenant, si en plus, on acquiert une connaissance approfondie d’un grand nombre de sujets différents, en particulier dans le domaine des arts et des sciences, on est polymathe.

Pandiculation

 

La pandiculation est un mouvement involontaire du corps qui consiste à étirer les bras vers le haut, à renverser la tête et le tronc en arrière et à étendre les jambes. Ce mouvement s'accompagne souvent de bâillements et se produit au réveil, en cas de fatigue, d'ennui, d'envie de dormir, ainsi que dans certains états pathologiques. Ce mot vient du latin pandere, signifiant « étendre, déployer ».


Par exemple, les animaux ne s'étirent pas, ils pandiculent... pour réveiller les muscles, tendons et ligaments, pour activer la circulation sanguine et améliorer les systèmes lymphatiques et immunitaires, pour éliminer les toxines et pour relâcher la tension accumulée. Une très bonne habitude à prendre, non seulement au réveil, mais tout au cours de la journée.

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Quand on part à la recherche de mots rares ou désuets, on découvre bien vite que tous les dictionnaires ne s’entendent pas sur leur sort. Là où Antidote met en garde contre un usage archaïque, Le Robert se montre parfois plus permissif. Le Littré, lui, les chérit avec tendresse, pendant que le Larousse les oublie dans un coin de page. Et l’Académie française? Elle arrive souvent en dernier, la plume bien droite, mais le ton un peu pincé.

Ce mois-ci, nos trouvailles illustrent bien ces divergences : l’un est enrhumé, mais élégant (enchifrener), l’autre parle pour ne rien dire, mais avec panache (lantiponner). Deux mots, deux ambiances... et au moins cinq sources pour s’y retrouver!
 

Enchifrener

 

Si vous êtes enrhumé, vous pourriez bien être enchifrené. Ce mot ancien et délicieusement imagé signifie littéralement « avoir le nez bouché », avec en prime une voix nasillarde qui trahit sans détour votre état.

Le mot vient de l’ancien français chifrene (nez), lui-même d'origine obscure, peut-être liée à chifre (cornet, bec), ce qui évoque la forme du nez. Il est passé dans le langage courant aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, souvent avec une nuance comique. Dans certaines pièces de théâtre, on affuble un personnage enrhumé de ce qualificatif, ce qui donne lieu à une diction comique et à des quiproquos.

L’enchifrènement, au-delà de l’inconfort, peut même devenir un ressort dramaturgique : quoi de mieux qu’un amoureux qui confond les mots à cause de son nez bouché, ou un espion incapable de se faire comprendre à cause de son rhume ? Bref, être enchifrené, c’est bien plus qu’un nez bouché… c’est une façon de faire parler les sinus.

Lantiponner

 

Ah, lantiponner… voilà un mot savoureux pour désigner l’art de dire des balivernes, de radoter, voire de baratiner avec une éloquence toute relative. C’est parler beaucoup… pour ne rien dire.

Issu de l'ancien français lantiponnerie, le terme évoque un discours creux, souvent long et pompeux, avec une teinte de moquerie. Lantiponner, c’est meubler une conversation avec du vent — une sorte de langue de bois avant l’heure. Le mot serait apparu au XVII siècle et s’est fait une place dans la littérature comique.

Molière, par exemple, aurait fort bien pu l’utiliser : on imagine parfaitement un personnage pédant lantiponnant pendant des heures sur un sujet qu’il ne maîtrise pas. On peut d’ailleurs rapprocher ce mot du comportement ultracrépidarien (déjà présenté dans un numéro précédent), mais avec une touche de grandiloquence et de verbiage.

En résumé, celui qui lantiponne est peut-être convaincu d’être profond… alors qu’il ne fait que brasser de l’air.

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Certaines définitions, même limpides, laissent une impression de mystère. D’autres exigent un détour philosophique ou poétique. Et parfois, un mot semble se suffire à lui-même, tant sa sonorité évoque déjà son sens. Ce mois-ci, place à deux joyaux discrets de la langue française : l’un nous parle de l’essence des choses, l’autre, de la douceur du langage. Voici deux mots à explorer dans toute leur richesse : quiddité et melliflu.

Quiddité


Issu du latin scolastique quidditas ce que c’est », de quid, « quoi »), quiddité désigne, en philosophie scolastique médiévale, l’essence même d’une chose, ce qui la définit de manière unique. C’est la réponse à la question « Qu’est-ce que c’est? », non pas selon ses apparences, mais selon sa nature profonde.

Dans un sens plus littéraire ou poétique, quiddité peut aussi désigner ce petit « je-ne-sais-quoi » qui fait qu’une chose est précisément ce qu’elle est. On pourrait parler de la quiddité d’un lieu, d’un objet, voire d’une personne.

Exemple chez Paul Valéry, écrivain, poète et philosophe :
«
 Toute chose a sa quiddité propre, par quoi elle diffère de toutes les autres, et qui constitue son être. »

Ce mot rare mais élégant ramène l'attention vers l’essentiel, vers la substance au-delà du décor.

Melliflu

 

Dérivé du latin mellifluus, composé de mel (miel) et fluere (couler), melliflu signifie littéralement « qui coule comme du miel ».

Il qualifie une voix, un style ou un discours d’une douceur excessive, au point de devenir parfois mièvre ou sirupeux. Selon le ton, on l’utilise pour souligner une suavité agréable… ou pour marquer une saturation de douceur un peu artificielle.

Une voix melliflue est douce, chaude, enveloppante… presque envoûtante.

Un style melliflu peut caresser l’oreille ou agacer par son excès de sucre.

Le mot se trouve plus souvent dans la critique littéraire ou musicale que dans les conversations quotidiennes. Il s’agit d’un qualificatif rare, précieux, et toujours un peu ambigu… comme le miel lui-même.
 

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Le mois de juillet nous offre deux mots fascinants, chacun à sa manière. L’un évoque les mystères du cycle éternel, l’autre, la douceur instinctive d’un chat apaisé. Entre mythe ancien et ronronnements modernes, découvrons ouroboros et patouner.

Ouroboros

 

L’ouroboros (du grec ancien oura « queue » et boros « qui dévore ») est un symbole millénaire représentant un serpent (ou un dragon) qui se mord la queue. Présent dans de nombreuses cultures, il évoque l’éternel recommencement, les cycles sans fin, l’autosuffisance… mais aussi, parfois, un piège dont on ne peut sortir.

C’est dans ce sens qu’on utilise l’expression « se mordre la queue » : une situation qui tourne en rond, un problème dont les solutions engendrent de nouvelles difficultés, jusqu’à l’absurde. Bref, un cercle vicieux, où toute tentative de progrès ramène au point de départ.

Exemple : « Chercher à régler ce conflit sans s’attaquer à la racine du problème, c’est un peu comme un serpent qui se mord la queue. »

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Patouner

 

Le verbe patouner, d’origine populaire et probablement dérivé du mot patte, désigne ce geste si particulier des chats qui pétrissent doucement une surface souple avec leurs pattes avant, de façon alternée.

Ce comportement remonte à la petite enfance : le chaton pétrit la mamelle de sa mère pour stimuler la montée de lait pendant la tétée. Devenu adulte, il garde ce réflexe dans les moments de calme ou de bien-être, comme un souvenir réconfortant.

Lorsqu’un chat patoune sur votre ventre ou votre couverture préférée, il exprime un état profond de sécurité et d’attachement. C’est un peu comme s’il disait :
« Je me sens chez moi. »

Cliquez sur l'image pour
une petite démonstration
tirée de YouTube :

 

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Il est des personnes chez qui l’on perçoit, parfois, un lien étroit entre le sérieux implacable et la critique acerbe. Peut-être parce qu’ils sont incapables de rire, ou peut-être parce que leur esprit, trop rigide, se tourne naturellement vers la censure et la réprobation. Faut-il croire que les agélastes finissent toujours par devenir des zoïles? Ou bien est-ce le fait d’être zoïle qui rend agélaste? À vous de juger, mais une chose est sûre : ces deux mots, aussi rares que savoureux, méritent leur place ici.

Agélaste

 

Agélaste vient du grec ancien agélastos (ἀγέλαστος), composé de a- (privatif) et gelastos (« qui rit »), donc littéralement « qui ne rit pas ».

Le mot est attesté en français dès le XIXᵉ siècle, mais il reste rare. Il a été remis en lumière notamment grâce à l’écrivain Milan Kundera, qui l’utilise pour désigner ceux qui sont réfractaires à l’humour, incapables de saisir la dimension comique de l’existence. L’agélaste n’est pas seulement sérieux : il est imperméable à toute forme de légèreté, parfois au point de l’intolérance.

« Jean, éternel agélaste, leva les yeux au ciel lorsque ses collègues éclatèrent de rire devant la blague potache du vendredi. »

Zoïle

 

Du nom propre Zoïle, un critique grec du IVᵉ siècle av. J.-C., fameux pour avoir attaqué avec virulence Homère et d’autres auteurs de renom.

Par extension, dès l’Antiquité, le nom de Zoïle est devenu synonyme de critique injuste, envieux ou malveillant. En français, zoïle désigne ainsi un détracteur impitoyable, souvent de mauvaise foi, plus prompt à souligner les défauts qu’à reconnaître les qualités.

« Toujours prompt à souligner la moindre faute, Paul passait pour un véritable zoïle auprès de ses camarades écrivains. »

 

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Chaque langue possède ses pépites, ces mots rares ou mal connus qui nous permet d’exprimer certaines nuances sur ce que l’on pense ou ressent. Aujourd’hui, nous vous proposons deux joyaux du dictionnaire : périssologie et compersion. L’un nous parle du trop-plein dans les mots, l’autre du trop-plein dans le cœur.

Périssologie

 

Le mot vient du grec ancien perissología (περισσολογία), formé de perissós (superflu) et logía (discours, parole). Littéralement : le « discours superflu ». Il est attesté en français dès le XVII siècle, dans un contexte souvent rhétorique. La périssologie désigne l’usage redondant de mots ou d’expressions qui répètent inutilement une idée déjà exprimée. Elle peut être accidentelle ou stylistiquement volontaire.

 

Exemples courants :

– Monter en haut
– Prédire à l’avance
– S’entraider mutuellement

Périssologie ou pléonasme?
Le pléonasme est une forme de périssologie souvent jugée fautive (ou maladroite), alors que la périssologie peut parfois avoir une valeur expressive. Par exemple, dire « je l’ai vu de mes propres yeux » ajoute une forme d’insistance dramatique.

Compersion

 

Le mot compersion est un néologisme apparu dans les milieux polyamoureux nord-américains dans les années 1970-80, notamment au sein de la communauté Kerista à San Francisco. Il n’a pas encore fait son entrée dans tous les dictionnaires, mais il circule de plus en plus dans les cercles relationnels, éthiques ou spirituels. Il est construit sur le modèle du mot compassion, à partir du latin com- (avec) et percipere (ressentir, percevoir), mais il a été volontairement détourné pour exprimer une émotion positive liée au bonheur de l’autre. La compersion est ce sentiment de bonheur que l’on ressent en voyant une personne aimée heureuse... même si on n’est pas directement impliqué dans cette source de joie. Elle est parfois décrite comme l’inverse de la jalousie.

Exemple typique : Se réjouir sincèrement que son partenaire amoureux ait une relation épanouissante avec quelqu’un d’autre.

Compersion ou compassion?
Ces deux mots ont des racines proches, mais des usages bien distincts :
•    La compersion est une joie partagée.
•    La compassion est une douleur partagée (ou au moins comprise).

 

Il est fascinant de voir comment certains mots nous permettent de nommer des subtilités de notre vécu que l’on croyait indescriptibles : le plaisir qu’on éprouve à se sentir inutilement éloquent (périssologie), ou la joie pure devant le bonheur de ceux qu’on aime (compersion). En les ajoutant à notre vocabulaire, on affine notre regard sur le monde — et peut-être même nos rapports aux autres.

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Chaque mois, depuis un an, nous avons exploré deux mots peu connus, mais hautement expressifs. Pour conclure cette série, nous plongeons dans les méandres du corps affaibli et de la pensée embrouillée, avec cacochyme et obfuscation.

Cacochyme

 

Se dit d’une personne ou d’un corps en très mauvaise santé, affaibli, souvent de manière chronique. On l’emploie parfois de façon légèrement moqueuse ou exagérée pour désigner quelqu’un de particulièrement malingre ou décrépit. Du grec ancien kakos (mauvais) et khymos (humeur, suc). Dans la médecine antique, on croyait que la santé dépendait de l’équilibre des « humeurs » corporelles. Le cacochyme, c’est celui chez qui les « humeurs » sont mauvaises ou déséquilibrées.

 

Exemples :
– Son oncle cacochyme avait toujours un rhume ou un mal de dos.
– Après trois jours de fièvre, je me sentais aussi cacochyme qu’un vieillard centenaire.

À noter : Ce mot est un peu vieilli, mais il reste savoureux dans un style soutenu ou ironique.
 

Obfuscation

 

L’obfuscation désigne le fait de rendre volontairement quelque chose flou, confus ou difficile à comprendre que ce soit un discours, une explication, une intention. Le mot est souvent utilisé en politique, en informatique ou dans la critique sociale. Du latin obfuscare (obscurcir), lui-même formé de ob- (devant) et fuscus (sombre, brun). Le mot est entré en français au XIXᵉ siècle via l’anglais obfuscation, qui l’utilisait déjà depuis le XVIᵉ siècle.

Exemples :
– L’obfuscation délibérée du rapport visait à empêcher le public de comprendre la vérité.
– En programmation, on parle d’obfuscation de code lorsqu’un code source est volontairement rendu illisible, pour éviter qu’il soit copié ou piraté.

À noter : Contrairement à cacochyme, obfuscation est un mot moderne, très vivant dans les milieux techniques et critiques.
 

Deux mots, deux angles de clarté


L’un nomme la décrépitude du corps, l’autre, le brouillage de l’esprit. Ces deux mots illustrent avec justesse combien notre langue sait nommer des états aussi subtils que puissants. En les apprivoisant, nous gagnons en précision… et en saveur! Et ceci clôt cette série sur les mots trrrrrès précis.

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